Concours Saveurs Durables / Abattage et consommation de masse pour les fêtes

Comme il reste moins de trois semaines pour voter pour votre entrée, plat ou dessert élaboré pour le concours Saveurs Durables, il est temps que je vous présente mon dessert.

Hélas, je ne suis pas encore une grande créatrice culinaire. Vous verrez notamment qu’il y a quelques recettes fort alléchantes. Toutefois, je souhaitais participer, pour apporter une pierre si modeste soit-elle à ce concours qui pour moi a beaucoup de sens. Diminuer notre consommation de protéines animales passe par une révolution dans nos cuisines et une remise en question de nos vieilles pratiques culinaires à base de viande, beurre, crème, œufs…

L’objectif du concours était de mettre au point une recette qui sera réalisée devant le jury en avril 2013. Il fallait donc préparer une recette dont les ingrédients soient de saison en avril. Pour moi , avril évoque Pâques et Pâques évoque les lapins et cloches en chocolat ainsi que les agneaux qui passent à la casserole.

Or je suis lassée de toutes ces fêtes traditionnelles qui sont transformées en orgie commerciale et pour lesquelles on abat des quantités phénoménales d’animaux. Je ne suis pas sûre que les Saints que l’on fête approuvent ce massacre. Passe peut-être à la rigueur quand c’était une poignée d’hébreux mais avec des millions de personnes, on change radicalement d’échelle.

Ainsi, j’ai lu dans le Figaro du 5 novembre 2012 que la Somalie exportait cette année vers l’Arabie Saoudite pour la fête d’Aïd-el-Kébir 4,8 millions (!) de moutons et chèvres. C’est l’une des principales sources de revenus de ce pays. Les problèmes y sont sans doute colossaux mais j’espère que l’élevage n’est pas la seule piste explorée pour améliorer les conditions de vie de la population.

Faute de temps, je n’ai pu publier d’article sur la Saint-Martin. Comme vous l’ont rappelé des spots à la radio, dorénavant, Saint-Martin doit rimer avec foie gras. Une habile campagne de communication des entreprises du secteur pour avancer la saison de consommation de foie gras.

Saint Martin s’est retrouvé propulsé patron du foie gras. Tout ça parce que la légende dit que pour échapper à des poursuivants, il s’était caché parmi un troupeau d’oies. Je ne sais pas vous mais personnellement, je n’irais pas manger un de mes bienfaiteurs…

Et puis cette année, les spots radio ont ceci de comique qu’une française explique à un anglais ou un italien comment on fête la Saint-Martin en France. Il est vrai qu’il fut autrefois de tradition de manger une oie à la Saint-Martin mais je ne connais personne autour de moi qui l’ait pratiqué. Sur le spot, l’anglais et l’italien s’exclament : « En Angleterre, on aime le foie gras ! » et « En Italie, on aime le foie gras ! » Pas sûre que les anglais l’apprécient autant que cela car les valeurs du bien-être animal et du végétarisme sont mieux ancrées dans ce pays que dans le nôtre. En outre, la ville de York a interdit la vente de foie gras sur son territoire en 2007. Quand à l’Italien, la production est également interdite dans son pays ! Et ce n’est pas la peine qu’ils fassent s’exclamer un Allemand. Là bas, « foie gras » se dit « Stopfleber« . Rien que le nom coupe l’appétit de celui qui connaît un tant soit peu la langue allemande : « Leber »= »foie » et « stopf » de « gavage/bourrer ». C’est la même racine du mot que l’on utilise pour désigner une canalisation bouchée… Il est interdit de produire du foie gras en Allemagne depuis 1993 et le principal salon agro-alimentaire européen Anuga, a même refusé son exposition en 2011. Comme l’a souligné mon mari, ce qui est doublement comique, c’est qu’à la même période, les cardiologues ont eux-aussi lancé une campagne de communication radiophonique !

Noël et le jour de l’An sont transformés en une orgie de saumon, dindes, crustacés, canards et oies. Après les oies et les canards, les industries agro-alimentaires s’attendent sans doute à ce que ce soit les consommateurs qui soient gavés afin que s’enfle leur chiffre d’affaires…

Pâques reste à une échelle plus modeste mais je ne serais pas étonnée d’entendre prochainement sur les ondes un spot faisant la promotion de la consommation d’agneau avec l’arrivée du printemps…

Autrefois, ces fêtes étaient sans doute l’occasion de mettre les petits plats dans les grands et de faire un repas plus consistant. Aujourd’hui, nous, habitants des pays riches, avons pour beaucoup la chance de manger tous les jours à notre faim. Devons-nous, sous prétexte de date calendrier, manger au delà de notre faim ? Devons-nous consommer
en masse ? Ne pouvons-nous réfléchir à ce qui cache derrière notre assiette ? (et les produits que nous achetons de manière générale)

Et voilà, je n’ai pas présenté la recette que j’ai déposée au concours Saveurs Durables et mon article est publié après la Saint-Martin…. Tant pis : il servira je l’espère pour les fêtes et je présenterai ma recette un jour prochain 😉

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