Motilium : lactation et reflux gastro-oesophagien du nourrisson

Le Motilium est un médicament prescrit pour traiter les reflux gastro-oesophagiens, les nausées et vomissements. Sa molécule active, la dompéridone, est un galactogogue, c’est-à-dire qu’elle stimule la lactation. Dans ma famille, nous avons pris du Motilium pour ces deux raisons.

  1. Moi-même : mon fils est né deux mois avant terme. J’envisage depuis longtemps de publier un article sur l’allaitement des prématurés et je ne vais pas m’étendre sur le sujet ici. En bref : ayant allaité mon aînée (née à terme), il était tout à fait logique pour moi d’allaiter mon second. J’ai été extrêmement surprise de voir que du lait coulait de mes seins le lendemain de sa naissance, et ce alors que je me trouvais (hélàs) dans une maternité et lui dans un hôpital à plusieurs kilomètres. Le lendemain, une infirmière (que je remercie infiniment et de tout mon coeur), m’a mis mon fils au sein et à ma grande stupéfaction, ce tout petit bébé dont la bouche semblait plus petite que mon mamelon s’est mis à téter ! Malheureusement, par la suite, il a fallu que je bataille constamment pour ne serait-ce que prendre mon enfant quelques instants dans mes bras, sans qu’aucune raison valable ne me soit donnée. J’ai tiré mon lait. Mais un tire-lait, fut-il le meilleur du marché, ce n’est pas la tendre bouche d’un nouveau né. Ce n’est qu’une machine, pas son enfant. Et au bout de trois semaines où on ne m’avait pas permis de remettre mon fils au sein (alors qu’il avait déjà démontré sa capacité à téter et qu’il était en bonne santé), où je n’avais pas le droit de dormir près de lui, j’avais de plus en plus de mal à tirer la quantité de lait que les infirmières donnaient ensuite par sonde à mon fils et qu’elles augmentaient régulièrement selon un protocole établi. Aussi m’a-t-on prescrit du Motilium à fortes doses pour utiliser son effet secondaire : la stimulation de la lactation. Ayant souffert il y a quelques années d’effets secondaires liés à la pilule (tiens, tiens), j’avoue avoir tendance à me méfier. J’ai résisté au maximum. Je me suis tournée vers les tisanes d’allaitement, le lait d’amandes, les graines de fénugrec germées, la levure maltée. Et puis comme cela ne suffisait pas, j’ai pris du Motilium pendant environ trois semaines. J’ai en effet constaté un effet galactogène surprenant ayant quelque chose d’assez surnaturel. Toutefois, contrairement à d’autres mamans, je ne suis pas sûre que cet effet se soit inscrit dans la durée et c’est pourquoi il a été facile pour moi d’arrêter une fois que la lactation a été bien lancée.
  2. Mon fils : Comme il souffrait d’un reflux gastro-oesophagien, du Motilium lui a été prescrit un mois après sa naissance et il en pris pendant près de dix-huit mois. Mon sentiment personnel, c’est que le corps médical n’a pas vraiment de solution pour quelque chose somme toute de bénin mais qui pourtant fait se tordre un bébé de douleur. En effet, un médecin m’a expliqué que le reflux est lié à une immaturité du petit clapet fermant l’estomac au niveau de l’œsophage. Celui-ci ne fermant pas bien, il arrive que le contenu de l’estomac remonte dans l’œsophage, provoquant éventuellement des irritations. Notez que le reflux gastro-oesophagien peut aussi être lié à des allergies alimentaires comme l’explique ce site tenu par des mamans. J’ai interrogé à plusieurs reprises les médecins qui suivaient mon fils sur les impacts potentiels d’une prise de ce médicament sur un aussi long terme mais tous m’ont dit que cela n’avait pas d’importance. Lorsque mon fils a eu un an, j’ai voulu arrêter mais la situation était pire sans. Aussi ai-je continué de nouveau pendant plusieurs mois. Jusqu’au jour où enfin la situation s’est améliorée et où j’ai trouvé que le médicament n’apportait plus de bénéfice. Je l’ai alors arrêté. S’étonnant du nombre de cas de reflux, le médecin généraliste m’a dit qu’il pensait qu’ils pouvaient être en partie causé par des biberons de trop grande capacité avant de se reprendre : « Ah mais c’est vrai ! Vous allaitez ! » Toutefois, son interprétation m’a interpellée car mon deuxième combat à l’hôpital après celui pour prendre mon fils dans mes bras fut d’éviter que mon bébé soit complété. En effet, quand enfin, j’ai pu mettre mon fils au sein, il fallait que je le pèse avant et après la tétée. Ensuite, les infirmières tenaient à le compléter par sonde avec la différence entre la quantité établie par leur protocole et ce qu’il avait pris au sein. Or, j’étais persuadée qu’il avait pris ce qu’il lui fallait au sein, que le fait de le compléter lui apportait plus que ce qu’il voulait et que cela l’empêchait éventuellement d’avoir faim pour la tétée dont l’horaire était programmé par le protocole. D’ailleurs, la nuit, alors que j’étais absente, mon fils vomissait : c’était inscrit sur les fiches de suivi ou je le voyais parce qu’on l’avait changé.

Vendredi, j’ai entendu sur une radio publique que la revue prescrire avait publié une liste de médicaments à écarter, dont le Motilium, à cause de ses risques cardio-vasculaires.

On peut consulter le document de la revue prescrire ici. Le paragraphe sur le Motilium ne rentre pas dans le détail des cas particuliers de la prise de ce médicament par un bébé ou pour stimuler la lactation. Je suppose que le bénéfice-risque étudié ici concerne la situation banale d’un adulte souffrant d’un reflux.

La Leache League a publié un article sur la prise de dompéridone par les mères ici.

En ce qui nous concerne, si je m’interroge toujours sur les conséquences de la prise de ce médicament sur une longue période par un bébé dont on sait depuis qu’il a des antécédents cardiaques familiaux, je ne dramatise pas et ne voit aucune raison de céder à la panique. Je ne suis pas dupe : un médicament est un produit actif, sans cela c’est un placebo. Il y a des cas, nombreux, où les médicaments sont fort utiles et où on est bien content qu’ils existent. De l’autre côté, justement parce qu’ils sont actifs, il me paraît difficile de prévoir tous les effets qu’ils vont potentiellement avoir sur une multitude d’individus.

En revanche, ce que je regrette profondément, c’est qu’un peu de bon sens aurait sans doute permis d’éviter la consommation de ce produit. Comment ? Simplement en permettant à une mère de dormir près de son enfant, en favorisant le contact peau à peau au maximum (la mère n’est-elle pas la meilleure couveuse ?), en aidant la mère à mettre son tout petit au sein sans attendre le jour J inscrit sur un protocole, en considérant la prise de poids de l’enfant au bout d’une journée et non pas tétée par tétée, en considérant un bébé comme un individu unique dans sa globalité et non pas comme un ensemble de paramètres s’inscrivant dans un protocole établi pour le plus grand nombre… Il me semble que c’est cela aussi, l’avenir.

mains

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