Faut-il manger nos animaux familiers ?

Le scandale des lasagnes et des hamburgers à la viande de cheval parle de lui même. Plus on prépare sa nourriture soi-même, plus on contrôle ce que l’on mange. En s’approvisionnant chez des producteurs locaux, on limite les distances parcourues par la nourriture et les gaz à effet de serre tout en pouvant éventuellement en savoir davantage sur les méthodes de production. Ce scandale montre bien à quel point les produits agro-alimentaires sont des produits industriels dont les principes d’élaboration se rapprochent trop souvent (mais pas uniquement !) de ceux utilisés pour fabriquer un produit électro-ménager ou une voiture. Dans ce cas, il n’y a aucun lien de sentimentalité du ou des producteurs au consommateur, si ce n’est celui véhiculé par l’image de la marque, elle-même mise au point par un service marketing et souvent déconnectée de la réalité. Composants « fabriqués » en Roumanie, transformation en France, consommation en Angleterre. Voilà qui n’honore pas le « made in France »… A consommer de tels produits, ne mettons-nous pas de côté l’aspect sacré de la nourriture, le respect du vivant qui a permis de l’obtenir ?

Il va sans dire que lorsqu’on cuisine soi-même et végétarien, on n’a pas la surprise d’avoir éventuellement consommé un animal familier à son insu. En effet, pour les anglais, bon nombre des animaux que mangent les français sont des « pets ». J’ai en mémoire le visage horrifié d’un ami anglais à qui je racontais que mes parents élevaient des lapins pour les manger. « Rabbits without names !!!! » Et quand je lui ai dit que nous mangions aussi du pigeon, il était tout simplement effaré. On m’a raconté plusieurs histoires où des anglais étaient choqués à l’idée que nous puissions manger du canard : « You can’t eat duck ! It’s a pet ! » Ceci dit, les anglais mangent du mouton. En quoi un mouton est-il moins mignon qu’un canard ? Il faudrait que je pose la question à mon ami anglais. Et ceci me rappelle un chapitre de Faut-il manger les animaux, de Jonathan Safran Foer. J’ai beaucoup aimé le livre de cet auteur américain qui raconte sa conversation au végétarisme en l’étayant par des faits. Mon seul regret est que lorsqu’il évoque la souffrance animale et l’impact environnemental de la viande, il oublie de parler du lait et des œufs. Néanmoins, ce livre à l’humour particulièrement pinçant est à lire. Voici un extrait de son Plaidoyer pour manger les chiens :

« Les porcs sont tout aussi intelligents et sensibles que les chiens, au sens le plus raisonnable de ces adjectifs. Certes ils ne peuvent pas bondir sur la banquette arrière d’une Volvo, mais ils sont capables d’aller chercher, de courir et de jouer, de se montrer espiègles et de rendre l’affection qu’on leur donne. Alors pourquoi n’ont-ils pas le droit de se lover près du feu ? Pourquoi ne leur épargne-t-on pas au moins de passer à la broche ?

Le tabou nous interdisant de manger les chiens révèle quelque chose à leur sujet, et nous en apprend beaucoup sur nous.

Les Français, qui adorent leurs chiens, mangent parfois leurs chevaux.

Les Espagnols, qui adorent leurs chevaux, mangent parfois leurs vaches.

Les Indiens, qui adorent leurs vaches, mangent parfois leurs chiens.(1)

Quoique écrits dans un contexte très différents, les mots de George Orwell dans La Ferme des animaux peuvent s’appliquer ici : « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. » La protection apportée à tel ou tel animal n’est pas une loi de la nature ; elle découle des histoires que nous racontons sur la nature.

[…]

Bien entendu, le fait que quelque chose ait été pratiqué à peu près partout et quasiment tout le temps ne saurait justifier que l’on continue à le faire. Mais, à la différence de la viande d’élevage, qui implique la conception et l’entretien des animaux, les chiens implorent quasiment qu’on les mange. Trois à quatre millions de chiens et chats sont euthanasiés chaque année. Cela revient à jeter à la poubelle plusieurs millions de kilos de viande. La simple destruction de ces chiens euthanasiés pose un énorme problème économique et écologique. Il serait insensé d’aller rafler les toutous dans les foyers. Mais manger ces chiens abandonnés, ces chiens perdus, ces chiens qui ne sont pas tout à fait assez bien élevés pour qu’on les garde, reviendrait à faire d’une pierre beaucoup de coups, et nourrirait pas mal de monde. »

Voilà de quoi donner à réfléchir à ceux qui mangent de la viande pour son apport en protéines. Personnellement, je préfère les protéines végétales !

J’espère vous avoir donné envie de lire ce livre au ton acerbe 😉 et de cuisiner vous-même (si ce n’est pas déjà le cas) !

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En Chine, un chat tenu en laisse sur le pas de porte d’une maison. S’apprête-t-il à passer à la casserole ?

(1) Source citée par Jonathan Safran Foer : « Des enquêtes ont révélé que la viande de chien était un mets recherché dans la région. » Cité dans « Dog meat, a delicacy in Mizoram », The Hindu, 20 décembre 2004. Je reviendrai sur la cuisine indienne ; mon avis est que dans un pays largement végétarien, la consommation de chien est exceptionnelle.
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