« C’est la chasse, plutôt que la viande, qui a été le catalyseur de l’hominisation. »

Jeudi sur France Inter était rediffusée une émission de la Tête au carré au cours de laquelle Mathieu Vidard interroge Marylène Patou-Mathis, préhistorienne, directrice de recherche au CNRS et auteur de Mangeurs de viande : De la préhistoire à nos jours.

mangeurs de viande_végétalien vegan

Cliquez ici pour écouter l’émission.

Si quelqu’un sait comment inclure sur son blog un code iframe comme ceux utilisés par France Inter, cela m’intéresse.

Pour ceux qui n’ont pas le temps de consacrer une demi-heure à l’écoute de cette très intéressante émission, en voici quelques extraits.

Marylène Patou-Mathis réfute l’hypothèse des années 1970 selon laquelle ce soit le fait de manger de la viande qui soit à l’origine de l’hominisation. Pour elle, c’est le fait de se procurer cette viande, en la chassant.

« C’est la chasse, plutôt que la viande,
qui a été le catalyseur de l’hominisation. »
Marylène Patou-Mathis

Est-ce le fait de manger de la viande qui a entraîné des capacités cognitives plus importantes ou est-ce le fait d’avoir un cerveau plus gros qui a permis de chasser ? Selon Marylène Patou-Mathis, on atteste d’une corrélation entre le développement du cerveau et la chasse mais on ne sait pas quel fait est à l’origine de l’autre. Elle pense que c’est parce qu’il y a croissance du cerveau et donc notamment libération des mains que l’on va se mettre à pratiquer de nouvelles activités, artisanales notamment. Du coup, l’homme a cherché à obtenir des aliments plus énergétiques et donc à chasser.

Toutefois, les premiers apports carnés ont été apportés par des insectes.

Le feu a ensuite permis non seulement d’améliorer les techniques de chasse mais aussi de pouvoir manger davantage de viande en la cuisant et en la rendant plus digeste.

En outre, les armes des hommes préhistoriques sont dépourvues de propulseurs : il ne s’agit pas d’arcs mais de lances, de pieux. Pour compenser son armement rudimentaire, les hommes doivent alors inventer des stratégies, par exemple en utilisant les caractéristiques du terrain, comme les marécages.

Pour Marylène Patou-Mathis, la chasse a provoqué l’homme sociétal : répartition des rôles, partage des proies, coopération. Les féministes américaines des années 1970 ont critiqué l’interprétation des scientifiques relatives au développement de la chasse. Elles y voyaient une image de « l’homme chasseur » par opposition à une femme cantonnée à la cueillette. Or, selon Marylène Patou-Mathis, les femmes chassaient, mais sans faire couler le sang. Par ailleurs, c’est la cueillette  qui apportait l’essentiel de la nourriture, sauf dans les latitudes très nordiques comme chez les Inuits. En outre, la femme a eu un rôle essentiel dans la domestication des plantes : c’étaient les cueilleuses qui connaissaient les céréales sauvages.

La préhistorienne s’intéresse aux liens entre l’homme et l’animal, si présent dans nos contes et nos mythologies. En effet, derrière la viande se cache un animal, le plus souvent mammifère, comme nous. Tuer son presque semblable était difficile, d’où les rituels d’excuses et d’offrandes.

Après la mise en place de l’élevage, la chasse demeure à travers tous les temps. Elle n’est plus un moyen de subsistance mais celui de montrer une position sociale, sa richesse, sa bravoure.

Marylène Patou-Mathis révèle que nos ancêtres les Gaulois étaient de grands mangeurs de chiens, et non pas de sangliers comme nous le font croire Astérix et Obelix. Sous l’Ancien-Régime, la chasse était le privilège des seigneurs. C’est la Révolution Française qui a démocratisé la chasse. Voilà peut-être pourquoi chasser fait si plaisir à certains, leurs permettant d’user de ce droit acquis.

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