Pince-moi ! Aide moi à ne pas trouver normal l’inacceptable !

J’ai vu.

Dans un container en plastique, des morceaux de côtes, des os recouverts de chair, une substance grise que je suppose être de la cervelle. Des morceaux de porcs en partance pour l’équarrissage.

Tout était bien propre. Pas de sang dégoulinant. Non. Rien que des morceaux d’animaux qui avaient dû être correctement réfrigérés.

 

J’ai vu.

De la poudre de lait. Une pleine palette de gros sacs. Pour nourrir des veaux. 200 dans une grande halle. Propres et bien soignés. Mais qui ne verront jamais la lumière du soleil. Dont les pieds ne fouleront jamais l’herbe d’un pré. Bientôt une seconde halle en acceptera 200 de plus. Devant un tel spectacle, l’approche abolitionniste prend tout son sens : pourquoi se battre pour que ces veaux disposent chacun de quelques centimètres carrés de plus ? Pourquoi dépenser de l’énergie pour qu’ils aient un peu de paille sous les sabots plutôt que des caillebotis en béton ? C’est l’absurdité du système qui est à dénoncer. Quelque part des vaches sont inséminées. Plus tard, elles mettent leurs veaux au monde. Ils leur sont enlevés. Le lait des vaches sert à faire de la poudre de lait. Ou d’autres produits. Les veaux sont engraissés dans un autre établissement. Et un jour, ils finissent pour part dans une assiette, pour part dans un grand container en plastique en partance pour l’équarrissage.

 

En écrivant ces lignes, j’ai l’impression de trahir ces agriculteurs qui m’ont ouvert leurs portes. Ils travaillent beaucoup plus que la moyenne d’entre nous. Même le dimanche et les jours fériés. Ils sont entreprenants. Certains s’en sortent. D’autres parviennent tout juste à garder la tête hors de l’eau. Mais ne pas écrire ces lignes, ce serait cautionner le système. Et finalement, ce n’est peut-être pas tant au monde agricole qu’il faut en vouloir qu’à nous qui achetons les « produits finis ».

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