Un jardin dans les Appalaches – Ode aux aliments de proximité et au fait-maison

Il y a (déjà) plusieurs années, une collègue m’interrogeait sur les raisons qui me poussaient à ne plus consommer de protéines animales. Alors que je lui faisais part de mes lectures et l’invitais à lire des livres révélant les impacts sur la santé et l’environnement de la consommation de protéines animales, elle me répondit quelque chose comme : « Ah non non ! Je ne veux pas lire ! Raconte moi ce que tu as découvert ! » Un peu étonnée que quelqu’un se fasse son propre jugement à partir de celui d’autrui, surtout sur un sujet aussi capital que l’alimentation et la santé, je peux aussi concevoir que tout le monde n’est pas passionné comme moi au point de vouloir tout dévorer à ce sujet. C’est pourquoi j’ai décidé de publier quelques résumés et extraits d’ouvrages qui m’ont particulièrement plu, un peu comme je l’ai déjà fait avec le film Notre pain quotidien. Honnêtement, je doute parvenir à traiter les ouvrages que j’ai lus il y a longtemps. Mais si je peux donner envie à quelques personnes de s’intéresser davantage à cs question, ce sera déjà ça de pris.

Je vais commencer par « Un jardin dans les Appalaches » de Barbara Kingsolver, un livre très facile à lire et abordable par tout un chacun.

JardinDansLesAppalaches

Barbara Kingsolver est un écrivain américain qui a publié en 2007 « Animal, Vegetable, Miracle. A year of Food Life », publié en français sous le titre « Un jardin dans les Appalaches ». Le titre aurait pu aussi être traduit de manière également non littérale « Animal, Végétal : Miracle. Un an de nourriture et de vie ».

Ce livre raconte l’expérience que l’auteur partage avec sa famille : s’alimenter pendant un an avec des produits locaux.

« Si chaque citoyen américain consommait chaque semaine un repas (quel qu’il soit) composé de viandes et légumes produits localement de façon biologique, la consommation de pétrole du pays serait réduite de plus de 1,1 million de barils de pétrole par semaine. […] D’infimes changements dans nos habitudes peuvent induire d’immenses différences. »

« Si nous étions plus nombreux à penser ainsi et nous mettions à penser sérieusement à nos habitudes de consommation un repas après l’autre, nous pourrions changer l’avenir de la planète. »

« Nos achats transforment continuellement les choix qui nous sont proposés et ont de l’influence sur les méthodes agricoles. »

Il alterne récit de leur quotidieninformations sur l’impact environnemental et social de notre alimentation et recettes de cuisine. Son mari et l’aînée de ses deux filles ont collaboré au livre, ce qui contribue à apporter au projet le point de vue d’un père attaché aux données statistiques et d’une jeune étudiante, souvent seule parmi ses compagnons à s’interroger sur la provenance des aliments, aux méthodes qui ont permis de les obtenir, et qui une fois loin de son domicile, les choisit avec soin. Une de ses amies sera marquée par le refus de ses hôtes d’acheter des bananes. Comme quoi, un comportement engagé finit par faire réfléchir les autres. Quant à la plus jeune des filles de l’auteur, elle se lance avec un grand sens commercial dans l’élevage de poules de races anciennes et la vente d’œufs fermiers.

Le livre fournit des informations de base à celui qui commence à s’interroger sur son alimentation. Privilégier les produits locaux, de saison, le fait-maison, le bio, éviter les produits industriels avec un chapitre effarant sur l’élevage des dindes, sont les leçons à en tirer. Rien de nouveau pour moi mais outre le mérite de révéler à tout un chacun des pratiques inacceptables, j’ai particulièrement apprécié cet ouvrage pour l’immense enthousiasme qui s’en dégage. Ne croyez pas qu’être locavore soit morose ! Bien au contraire ! Son récit est une ode aux fruits et légumes, aux cycles de la nature, aux races animales anciennes, à la préparation des repas, à leur partage en famille ou avec des amis.

« Les authentiques dindes capables de se reproduire grâce à de bons instincts maternels ont quasiment disparu de notre monde. »

« Plus je pense à une industrie alimentaire fondée sur des animaux qui sont incapables de se reproduire sans assistance technique, plus j’éprouve de méfiance. »

Barbara Kingsolver décrit la vie d’une famille au quotidien, celle d’une mère qui prend plaisir à bien nourrir les siens dans le respect de la nature et je me suis reconnue dans cette volonté et ce bonheur. C’est dans la joie que les soins au jardin et aux animaux ainsi que la préparation des repas se déroulent et ces activités contribuent à l’épanouissement des membres de la famille. Barbara Kingsolver pourrait choisir de se consacrer chaque jour un peu plus à son activité professionnelle mais elle préfère garder du temps pour son jardin, ses animaux et sa cuisine et cela l’aide à se sentir bien.

Comme évoqué ci-dessus, Barbara Kingsolver laisse la part belle à l’agriculture biologique, pratiquée instinctivement par les petits producteurs autour de chez elle. Elle condamne les pesticides.

« On estime à 67 millions le nombre d’oiseaux qui meurent chaque année des suites d’une exposition aux pesticides dans les fermes américaines. »

Les OGM ne sont pas épargnés. L’exemple du « riz doré », un riz génétiquement modifié dont le grain contient du bêtacarotène est donné.

« Le riz doré est en fait une tentative de plus de résoudre des problèmes nutritionnels causés par les monocultures et un appauvrissement de la diversité par le biais d’autres monocultures. »

« Le riz doré, à lui seul, est porteur de soixante-dix brevets. La bette à carde multicolore et ses cousines qui poussent dans les potagers de village – voilà une solution réaliste. »

Sa cuisine fourmille d’activités et dégage des odeurs et des couleurs appétissantes : fromages, pain, yahourt, bocaux de sauces tomate, courgettes, potiron et bien d’autres.

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Parmi les recettes offertes, quoiqu’elle présente quelles incongruités avec le reste du livre, je me permets de résumer celle des cookies aux courgettes, une astuce pour écouler les surplus pendant la saison haute :

Mélanger 1 oeuf battu, 125 g de beurre ramolli, 125 g de sucre roux et 80 g de miel dans un grand saladier.

Mélanger 125 g de farine blanche et 125 g de farine complète, 1/2 cuillère à café de levure, 2 pincées de sel, 2 pincées de cannelle et 1 pincée de noix de muscade dans un petit saladier.

Mélanger 250 g de courgettes finement râpées et 300 g de copeaux de chocolat aux autres ingrédients, passez au mixer. Déposer des cuillerées de pâte sur une plaque préalablement huilée. Faites cuire 10 à 15 minutes à 180°C.

Comme vous le voyez, les Kingsolver s’étaient mis d’accord au début de leur projet sur quelques exceptions de produits non locaux, essentiellement le café et les épices. Je reviendrai ultérieurement sur le fait qu’elle consomme des protéines animales.

Parmi les autres recettes, citons le pan de muerto, un pain confectionné par les mexicains à l’occasion de Dias de los muertos, une fête au contraire d’Halloween extrêmement joyeuse, issue de la tradition aztèque et célébrée en l’honneur des morts. Elle a été déplacée au 1er novembre par l’église et j’espère penser à la célébrer moi aussi cette année 😉

Dans la lignée de Dias de los muertos, Un jardin dans les Appalaches est une ode aux liens inter-générationnels et à la transmission de savoirs culinaires. Ainsi, ses enfants sont largement impliqués dans la cuisine.

« La cuisine consiste à 80% en une bonne dose de confiance en soi, un talent qu’il vaut donc mieux acquérir quand les cordons du tablier s’enroulent deux fois autour de sa taille. »

Et quand elle cuisine, Barbara Kingsolver est en communion avec les êtres disparus qui lui ont légué des connaissances et offert sensations et souvenirs :

« Revenez, que je vous enlace avec mes maniques. »

Un peu comme moi quand je fais le couscous de ma grand-mère (dorénavant en version végétale ;-)).

Pour faire le plein d’oméga 3, inutile d’aller pêcher des poissons des mers lointaines :

« Le bœuf de plein air contient des taux d’oméga 3 jusqu’à six fois supérieurs aux bœufs de batterie. »

Idem pour les œufs de poules. Les graines de lin sont également de bonnes sources d’oméga 3.

Et enfin, une autre de ses réflexions qui traduit ses liens avec ses enfants et la Terre :

« L’un des éléments clés que les jardins enseignent aux enfants est le respect : d’eux-mêmes, des autres et de l’environnement. Le jardinage aide les futures générations à acquérir une compréhension plus vaste de notre système alimentaire, nos forêts, notre eau, notre air et des interconnexions entre ces éléments. »

Si j’ai particulièrement aimé cet ouvrage, c’est sans doute que je me reconnais dans son approche mêlant amour des siens et interactions entre désir de protection de l’environnement et culture culinaire. Donner du sens à chacun de nos repas, voilà un beau défi pour nous tous.

Comme vous l’avez vu avec la recette des cookies aux courgettes, Barbara Kingsolver n’est pas végétalienne. Elle n’est pas non plus végétarienne et ceci fera l’objet d’un prochain article.

Barbara Kingsolver : Un jardin dans les Appalaches, Editions Payot & Rivages, Paris, 2009.

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