Enfin un magazine féminin qui a du sens : Biomood

Au moment où j’écris ces lignes, je crains que le numéro dont je vais parler ne soit plus en kiosque. Toutefois, je voudrais évoquer cette revue que j’ai découverte récemment et qui mérite d’être suivie : Biomood.

A y réfléchir, le presse présente un certain sexisme. Aux hommes les magazines de moto, jeux vidéos et la presse porno. Aux femmes les magazines de mode et la presse people. Ne me retrouvant dans aucune de ces offres, je me rabats sur l’entre-deux tel les Echos ou Terra Eco ou la presse étrangère comme The Germans ou I love you.

La presse pour enfants me semble annoncer la presse pour adultes : les magazines pour petites filles sont déjà associés à un gadget en plastique rose type téléphone portable.

Et c’est partie pour acheter un magazine pour enfants que je suis revenue avec le numéro 4 de Biomood qui titrait « Le côté obscur de la viande ».

Biomood 01

Voici un aperçu des sujets abordés dans ce magazine parmi lesquels vous en trouverez certainement qui vous intéresseront :

  • teintures végétales maison
  • robes éphémères de fleurs et de feuilles
  • déguster les « mauvaises herbes » avec l’ethnobotaniste François Couplan

    « On mange de la viande parce que ça fait riche.
    Les « mauvaises herbes » ont pourtant nourri l’humanité pendant trois millions d’années ! »

  • le business de fleurs
    Message spécial à l’attention de mon chéri : si tu lis ces lignes, demande à ton pote de s’approvisionner en France ou regarde ici.
  • interview avec Pierre Rabhi
  • Pourquoi la viande pose problème
  • trousse d’urgences aux huiles essentielles – je regrette juste qu’il n’y ait aucune mention par rapport à l’utilisation éventuelle pour des enfants
  • les fleurs de Bach
  • recettes de milk-shakes aux laits végétaux
  • graines germées
  • guide d’identification des papillons du jardin

Sans oublier :

  • l’impact écologique des petites culottes
  • une matière naturelle, cultivée en Europe sans OGM ni pesticides : le lin
  • cosmétiques auto-bronzant faits maison
  • les vins bios, naturels et biodynamiques

Revenons sur l’article sur la viande. Rédigé par Bernard-Xavier Puvinel, il présente ce qui devait au départ être l’objet de mon blog mais que je n’ai jamais pris le temps de faire. Voici donc quelques chiffres parmi d’autres :

A l’échelle de la planète :

  • L’élevage est responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre.
  • L’élevage de bovins est responsable de 70% de la déforestation mondiale et de 80% de celle de l’Amazonie brésilienne.
  • Entre 40 et 50% de toutes les céréales produites dans le monde sont mangées par le bétail.
  • Près de 75% du soja produit est consommé par le bétail.
  • 50% des antibiotiques produits dans le monde sont destinés aux animaux.
  • 1 milliard de personnes souffrent de malnutrition et en meurent.
  • 1 milliard de personnes sont en surpoids et 500 millions sont obèses.

Vous ne nous croyez pas ? Lisez l’effarant rapport de la FAO « Livestock’s long shadow » ou sa version en français « L’ombre portée de l’élevage : impacts environnementaux et options pour leur atténuation », celui qui m’a ouvert les yeux.

En France :

  • « Depuis les années 1950, le coût d’un logement a été multiplié par 1.500%, celui d’une voiture par 1.400%, mais celui du lait a connu une hausse de seulement 350% tandis que les oeufs et la viande ne coûtent même pas deux fois plus cher. »
  • « 70% de la viande bovine provient des vaches laitières. »
  • « 80 % des poules sont élevées en cage sur un espace de la taille d’une feuille A4, et ne voient pas la lumière du jour de toute leur vie. Les poussins mâles sont broyés ou gazés. Les becs sont coupés peu après la naissance. »
  • « 90% des cochons vivent dans des bâtiments fermés. 5% des cochons vivent sur une litière de paille et seulement 1% des cochons vivent en plein air. »

Selon Biomood, « Mieux vaut un végétarien dans un hummer qu’un carnivore dans une prius » et s’alimenter en végétal permettrait de supprimer l’abattage de 80 à 100 milliards d’animaux (1,7 milliard en France)  tout en préservant sa santé :

  • « Une portion quotidienne de viande rouge est associée à un risque de mortalité augmenté de 20%. »
  • la consommation de viande rouge et de charcuterie augmente la mortalité cardiovasculaire et par cancer.

Si Biomood rappelle qu’autrefois les animaux d’élevage étaient des « acteurs du traitement de nos déchets » et que « dans de nombreux pays pauvres, la poule de basse-cour et les produits du lait de la chèvre sont des compléments importants de l’alimentation. », le magazine invite à modifier son alimentation. Il présente une alternative intéressante au végétarisme pour ceux qui ne parviennent pas à franchir le pas : le devenir du lundi au vendredi. « Après tout, si nous mangions tous moitié moins de viande, ce serait comme si la moitié d’entre nous était végétarienne. » Pour avoir franchi le pas, je peux vous dire qu’on se sent très très bien, dans son corps et avec sa tête, et qu’on n’a plus envie de revenir en arrière.

Après une présentation des faits, l’article est suivi de pistes intelligentes pour changer de régime. Notamment en inversant la tendance, c’est à dire en remplaçant le plat traditionnel VIANDE / légumes par LEGUMES / viande. En augmentant la part du végétal par rapport à l’animal, cette dernière finit par disparaître. Et surtout, l’auteur affiche clairement une affirmation méconnue même de nombreux végétariens :

« En associant différentes sources de protéines, on dispose de tous les acides aminés indispensables. Ces protéines n’ont pas besoin d’être mangées au cours d’un même repas ni d’une même journée, il faut simplement varier le plus souvent possible. »

Pour moi, cet article est un sans faute. Il a le courage de titrer : « Les animaux de ferme, une espèce mutante et malade enfermée dans des usines à tuer ». L’industrie laitière y est indirectement mise en cause. Il indique des ouvrages et des personnalités intéressantes tels André Pochon, L214 ou Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer. Voilà de quoi cogiter pour le non averti.

Biomood 2

J’ai bien aimé aussi l’interview de Pierre Rabhi. Quelques citations qui font du bien :

« Le credo de Socrate, « Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien », est pour moi une évidence. Si nous appliquions ce « je sais que je ne sais pas » mais que nous reconnaissions néanmoins que nous avons la vie, nous aurions de quoi nous réjouir. La nature nous offre la beauté des paysages, le soleil, la nourriture. Si nous arrivions à vivre de tous ces dons, nous serions probablement plus dans la joie ! »

« Je peux expliquer comment faire pousser un grain de blé avec lequel je peux nourrir l’humanité, mais je ne peux pas expliquer pourquoi un grain de blé germe. Qu’est-ce qui anime cette semence insignifiante qui, à partir du moment où vous la mettez dans de bonnes conditions, va s’épanouir et vous nourrir ? Il y a des miracles permanents mais nous ne savons plus les voir parce que nous cherchons toujours des miracles artificiels et spectaculaires. Pendant que je vous parle, mon coeur bat, mon sang circule sans que je m’en occupe : nous sommes nous-mêmes ce miracle. Seulement nous n’arrêtons pas de le gâcher en essayant de comprendre au-delà de notre capacité à comprendre. »

« Si nous étions dans cette attitude de ne prélever que ce qui nous est nécessaire, il y aurait assez de ressources pour tout le monde. »

L’article est l’occasion d’annoncer la création du mouvement Femmes Semencières.

Biomood :
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