La viande : souffrance animale et exploitation humaine

Quand vous avez devant vous un morceau de viande, un produit laitier, un œuf ou un produit contenant un de leurs dérivés (lactosérum, poudre de petit lait, gélatine, albumen, etc.) :

Pensez à l’animal qui se cache derrière,

2013-07-15 (25)_s

Pensez à l’homme qui se cache derrière.

MPS Meat Processing System

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Voici une liste non exhaustive des tâches exécutées par des employés agricoles :

  • recueillir du sperme
  • inséminer des truies, des vaches, des lapines
  • administrer des antibiotiques
  • écorner
  • castrer (la castration sur les porcs est à présent interdite ; je n’ai pas trouvé le temps de publier un article sur ce sujet et ses conséquences)
  • couper des queues
  • trier les poussins (les femelles sont conservées, les mâles sont broyés ou gazés)

Sur mon blog, Stéphanie a témoigné. Elle a eu le courage d’abandonner son poste de travailleuse agricole « à cause de la violence envers les animaux ». Je lui témoigne mon admiration car je sais combien il est plus confortable pour beaucoup de rester à leur poste avec un salaire à la fin du mois plutôt que de prendre des risques en démissionnant. Elle écrit :

« je ne t’explique pas , la violence envers les animaux est terrible et être prise et obligée d’y collaborer cela est aussi d’une terrible violence envers les personnes qui travaillent ainsi …… En fait ce qui m’a vraiment décidée d’arréter mon métier ce sont des réves : mes animaux me parlaient dans mes réves , ils me parlaient en images de leurs souffrances et j’étais en compassion avec eux je crois de leurs âmes à mon âme et alors j’ai compris en moi et non pas intéléctuellement mais physiquement ….. Alors voila , en fait encore aujourd’hui je suis triste de les avoir quitté …… Mais en fait ils sont avec moi au fond …… »

Kravys Meat Solutions

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Ayez-aussi une pensée pour le personnel des abattoirs.

Ils sont la catégorie socio-professionnelle souffrant le plus de troubles musculo-squelettiques (TMS).

« Par activité, ce sont les salariés des abattoirs qui sont les plus vulnérables aux TMS, avec 136 TMS reconnus pour 10 millions d’heures travaillées en 2007, contre une moyenne de 11 pour l’ensemble des secteurs d’activité. Cette sur-exposition s’explique par un travail à la chaîne, répétitif et des conditions difficiles (posture debout, froid). »

Le Point. 2010 (9 septembre). Maladies professionnelles en 2007: majorité de troubles musculo-squelettiques. En ligne.

Kravys Meat Solutions 2

Mais si -pardonnez le cynisme de l’expression mais je suis prête à parier qu’elle est employée dans le milieu professionnel-, l’ergonomie du poste de travail peut être améliorée, je ne suis pas sûre qu’elle empêche les employés de faire des cauchemars, même si tout y est fait pour chosifier l’animal.

Vous trouverez ici l’édifiant témoignage d’un aide-boucher d’un abattoir. Extraits :

« Déjà, les « caractéristiques particulières du poste de travail » notées sur mon contrat m’interpellent : « Aspiration de la moelle épinière », « extraction des abats rouges », « accrocher les abats », seront donc mes fonctions dans l’abattoir. Mon contrat stipule aussi l’ « utilisation de couteaux et d’outils tranchants » ainsi que le port de « gants, bottes et tablier ». Je découvrirai bientôt qu’ils ont oublié casque, maille de fer et combinaison. »

« Dans l’aube naissante, je ne peux distinguer clairement les contours de la vaste installation. Je ne perçois qu’une chose : l’odeur. Dans l’abattoir, c’est dix fois pire. »

« Horreur, je me surprendrai bientôt à en rêver la nuit… »

« A peine ligoté, l’animal, plus ou moins conscient, est plongé dans une large cuve pour être électrifié. Cela détend la chair paraît-il… Les carcasses inertes s’ébranlent soudain furieusement. »

« Une manette pour actionner l’élévateur dans la main gauche, le pistolet dans la main droite, (enveloppée dans un gant en maille de fer pour éviter les sections de doigt) je « slurpe » mes demi-vaches. De haut en bas, le long de la colonne vertébrale, la moelle épinière disparaît dans un bruit de succion épouvantable à l’intérieur du tuyau relié à mon outil. Quelques gros nerfs au niveau de l’encolure résistent parfois à l’aspiration. Il faut les finir à la barre crochetée. Et vite, car ça défile. »

« Des grosses poches accrochées le long des cotes éclatent au passage. Le sang gicle sur mon visage. Chaud et épais. Les carcasses de bovins me frappent la tête en passant. »

« Du sang de plus en plus épais s’est infiltré sous ma combinaison, et me coule maintenant le long du torse. »

« On s’habitue à n’importe quoi »

« Après quelques jours, je commence à m’habituer. »

« Malheureusement, les pelles à rats sont les mêmes qui servent à jeter des pelletées de viande dans les bacs… Je songe depuis à devenir végétarien. »

« Je glisse de moins en moins c’est déjà ça. Ce n’est jamais très agréable de se retrouver sur le dos dans la chambre froide, au milieu d’un tapis de cœurs et de foies, parce qu’un collègue a trop forcé sur le jet d’eau. »

« Le bœuf, c’est comme le cochon, on ne jette rien. »

« Les poumons sont utilisés pour faire de la pâté pour chiens et chats. Le sang est récupéré et revendu aux laboratoires cosmétiques pour servir de colorant. Le plus édifiant concerne notre gamelle. Les différents morceaux sont consciencieusement répartis en plusieurs bacs. Dans le premier, on trouve les morceaux de premier choix. Du pur muscle vendu sous emballage siglé. Dans un autre, les morceaux avec plus de nerfs et de gras sont vendus au détail sous marque distributeur. Tout le gras qui reste, presque pur, file droit dans le bac « fast-food ». Je ne sais pas comment ça peut être mis en forme de steaks hachés par la suite. »

« Mon aventure tire vers la fin. L’abattoir ne me lâchera pas sans me laisser un petit souvenir. Un déchirement musculaire au niveau de l’épaule droite. »

« Plus de la moitié des employés souffrent de douleurs musculaires qui les suivront toute leur vie. Rien d’étonnant vu la pénibilité et la cadence. Tout ça pour à peine plus de 1000 euros par mois. »

Et comme c’est pénible et mal payé, on trouve des bouchers roumains dans des abattoirs bretons. Extraits de cet article de Mathilde Goanec, Le Monde diplomatique, novembre 2011 :

« La rotation des salariés est très élevée. « C’est un travail pénible, et qui génère pas mal de maladies professionnelles », explique M. Jean-Bernard Le Gaillard, inspecteur du travail dans les Côtes-d’Armor. A la section départementale de la Confédération générale du travail (CGT), le langage est plus cru : « Des entreprises comme la Cooperl ou Kermené, ça mange les hommes !, estime M. Noël Carré, vingt et un ans de Cooperl. Si, en 2008, on était en sous-effectif, c’est aussi parce qu’on avait des gens qui n’étaient plus capables de travailler en atelier. » Son collègue François Lefort, lui aussi délégué CGT à la Cooperl Lamballe, fait le même constat : « Ce sont des métiers très durs et de moins en moins bien payés, par rapport à l’évolution des prix. Moi, ça fait neuf ans que je suis dans ce secteur, et quand j’ai commencé, on gagnait certainement mieux notre vie. » »

Un des lecteurs de l’aide-boucher a publié le commentaire ci-dessous :

« Très juste description de cet épouvantable milieu de travail où j’ai bossé en tant que technicien vétérinaire pendant 3 ans avant d’être muté d’office après de nombreux arrêts de travail pour déchirures musculaires (une fois je suis resté pendant une heure allongé sous les carcasses du frigo de saisie +4°C avant qu’on me trouve – frigorifié – et qu’on me remmène chez moi en ambulance) et aussi trouble du sommeil (je devenais “narcoleptique”, m’effondrais sur la chaine, couteau à la main, sans compter les problèmes de conduite de voiture où j’ai été réveillé deux fois par des airs bags…).
Une autre collègue est devenue épiléptique en 6 mois et mutée d’office, un autre a vu ses propres intestins lui sortir du bide, une vacataire s’est tranché un oeil en coupant un coeur avec la pointe du couteau vers le haut (au lieu de l’orienter toujours vers le bas – manque de formation évidente sur la sécurité comme vous le soulignez) et a fini par se suicider à 26 ans. Etc… »

Ainsi, non seulement ces employés souffrent de souffrances physiques mais elles ne sont peut-être rien à côté de leurs souffrances morales.

Voici une vidéo prises par un employé d’abattoir en caméra cachée.

Attention : cette vidéo présente des images violentes qui m’ont hantée pendant des heures. C’est hélas la triste réalité.

Je pense que bon nombre d’éleveurs seraient horrifiés de voir comment sont abattues leurs bêtes.

Récemment est sorti un film sur le personnel des abattoirs : Entrée du personnel.

On pourrait passer des heures à lire sur internet des témoignages horrifiants, avec le risque d’en faire des cauchemars la nuit. Et encore, lorsque la viande est produite en France, on peut encore savoir à peu près comment elle a été produite. Mais l’inconnu grandit avec la distance. Quid de la viande en provenance d’Amérique Latine que l’on trouve souvent sur les ardoises des restaurants ? « La France a importé en l’an 2000 environ 10.900 tonnes de viandes fraîches et surgelées d’Amérique du Sud, dont 3.925 tonnes en provenance d’Argentine et 3.162 en provenance du Brésil. » Les lacunes de la traçabilité ne permettent pas de remonter jusqu’à l’animal comme c’est le cas en Europe. Ces viandes sont servies en restaurant hors foyers (restaurants collectifs et indépendants, chaînes) où elles représentent environ 5% de la consommation de viande.

Source : L’hôtellerie Restauration. 8 mars 2001. Quelle viande acheter ? En ligne.

Je laisse le mot de la fin au technicien vétérinaire dont il était question plus haut :

« Tant qu’il y aura des collaborateurs passifs (des mangeurs de viande)
il y aura ce système générant souffrance animale et exploitation humaine évidente. »

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