Le magazine Le Point a consacré son numéro du 5 décembre aux animaux

lepoint_les animauxLe 5 décembre 2013, Le Point titrait :

Les animaux
Intelligence, émotions : les incroyables découvertes

Si ce numéro propose également des recettes de Noël pas vraiment végétales, il ne se contente pas seulement dans son dossier en une d’énumérer des exemples d’animaux ayant mémorisé des mots, maîtrisé des symboles, sauvé des humains ou démontré leur conscience de la mort. Dans un article intitulé :

« L’animal est un homme comme les autres »,

un journaliste assène :

« Homosapiens […]  n’est plus le seul à manier le langage, la culture, l’ouil, la vision de l’avenir, le sens moral… »

et il termine par une citation de Darwin :

« Si considérable qu’elle soit, la différence entre l’esprit de l’homme et celui des animaux les plus élevés n’est certainement qu’une différence de degré, et non d’espèce […] L’amitié, la mémoire, l’attention, la curiosité, l’imitation, la raison, etc., dont l’homme s’enorgueillit peuvent s’observer à un état naissant, ou même parfois à un état assez développé, chez les animaux inférieurs. »

Ceci fait suite au début du dossier consacré aux débats sur le statut de l’animal remis récemment sur le devant de la scène à l’occasion du manifeste publié fin octobre par la Fondation 30 Millions d’amis et signé par des intellectuels comme Elisabeth de Fontenay, Boris Cyrulnik, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Edgar Morin, Luc Ferry, Didier van Cauwelaert, Matthieu Ricard. Les deux premiers ont également signé en 2013 avec Peter Singer « Les animaux aussi ont des droits ».

Pour Luc Ferry, l’enjeu n’est pas de faire des animaux des sujets de droits mais de « les protéger contre des formes de cruauté qui continuent d’exister de manière scandaleuse ».

Le concept d' »animal-machine » de Descartes qui a imprégné les esprits français pendant deux-cents ans a vécu. Le juriste Jean-Pierre Marguénaud, signataire du manifeste, le constate en citant la fameuse phrase du philosophe Stuart Mill :

« Tout grand mouvement doit faire l’expérience de trois étapes : le ridicule, la discussion, l’adoption. »

Selon Marguénaud, nous entrons dans la phase de discussion.

Le Point fait état des contradiction de notre législation dans son état actuel qui considère les animaux comme des « biens » et interdit par exemple de sodomiser un animal domestique tout en permettant de le manger. Car « si les animaux ne sont plus des biens, osera-t-on encore déguster leur chair ? »

Nature Morte, Fabrice Boselli

Fabrice Boselli, Nature Morte

Selon Le Point, dans les pays développés, la consommation de viande baisse. L’espoir est donc permis. L’interview d’Aymeric Caron le confirme car il en est convaincu :

« Un jour viendra où nous cesserons de manger de la viande. »

Pour l’auteur de No Steack, l’amélioration de la condition animale passe par la fin de sa marchandisation et donc de sa consommation. L’explication qu’il fait du système rappelle l’esclavage. C’est d’ailleurs à l’esclavage que fait référence Michel Onfray dans un débat sur la chasse qui l’oppose à Denis Tillinac.

Gustave Courbet, L'hallali du cerf

Gustave Courbet, L’hallali du cerf

Selon Denis Tillinac, partisan peu convaincant, le droit de chasse symbolise pour certains paysans une manière de revanche sur un privilège seigneurial et c’est bien là le plus sensé de ses arguments. Plus loin, il juge l’écologie incompatible avec notre héritage judéo-chrétien et qualifie les polythéismes des Grecs et des Hindous d' »enfantins ». Il déclare aussi en parlant des agriculteurs : « Ils élèvent des animaux qu’il faut bien occire, sauf à être végétalien, pour se régaler d’une côte de veau aux girolles, d’un chapon farci aux marrons, d’une bécasse sur son canapé nappé de foie gras ». Bref, il fait partie de ceux qui mettent leur plaisir gustatif au dessus des principes moraux.

Michel Onfray se révèle au contraire dans ce débat très percutant. Il se réfère au juriste Gérard Charollais dont la position est l’abolitionnisme pour la chasse au même titre que l’esclavage ou la torture jadis. Il rappelle que la chasse déséquilibre la chaîne alimentaire, favorisant la multiplication des nuisibles pour les cultures avec l’éradication de leurs prédateurs. Il dénonce les contraditions de notre législation en faveur des chasseurs pour des raisons électoralistes. Et il termine par ces mots :

« Jouir de mettre à mort un être vivant est une perversion qui jouit d’une étonnante tolérance. »

Pour signer la pétition pour un nouveau statut juridique de l’animal, c’est ici.
Vous trouverez ici un autre dossier du Point sur le thème « Peut-on encore manger de la viande ? »
Les tableaux ne sont pas les illustrations du Point mais celles que j’ai choisies pour agrémenter la lecture de mon article.
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