Un reportage radio dans un abattoir

Une lectrice (Jennyfer) a laissé sur mon blog un lien vers l’émission « C’est pas du vent » du 11 janvier sur RFI :

http://www.rfi.fr/emission/20140111-2-ethiquement-manger-viande-est-plus-acceptable

La Révolution végétarienneIntitulée « Ethiquement, manger de la viande n’est plus acceptable« , l’émission laisse la parole à Thomas Lepeltier :

  • historien et philosophe des sciences
  • auteur de La Révolution Végétarienne
  • clairement opposé à la consommation de viande et produits animaux.

Pour lui, l’évolution vers une alimentation végétarienne est inéluctable, y compris dans les pays émergeants. La prise de conscience de la production de ces produits est en marche.

Il souligne des chiffres effarants :

  • chaque année, 60 milliards d’animaux terrestres sont abattus dans les abattoirs à l’échelle de la planète
  • chaque année, un milliard d’animaux terrestres sont abattus dans les abattoirs français.

Ses propos rappellent mon article La viande : souffrance animale et exploitation humaine puisqu’il dit :

« Les animaux souffrent mais aussi les humains employés dans cette industrie. »

Le reportage radio dans un abattoir de l’ouest de la France est édifiant. C’est la première fois que j’entendais un reportage radio dans un abattoir et cela a quelque chose de terrifiant, même si l’on connaît bien le sujet, d’entendre les bruits, et ce même sans voir les images. Aux cris des porcs, je ne vois pas comment l’on peut douter que ces animaux souffrent.

Le langage des ouvriers rappelle le champ sémantique de 180 jours, le livre de Isabelle Sorente :

  • « L’outil » désigne l’abattoir
  • « Les animaux sont stockés dans les allées ». « On les passe par lots ». Comme des marchandises. Ce que j’ai vu en entrant par erreur par l’entrée des camions sur un abattoir de volailles : des centaines de volailles dans des caisses en plastique empilées les unes sur les autres. J’ai cessé de consommer des produits animaux parce qu’il est pour moi inconcevable qu’on traite quelque chose de vivant de la même façon que ce que je connais dans l’industrie avec des pièces métalliques ou plastiques…

Dans cet abattoir : « 600 porcs, cela correspond à un peu plus de deux heures de tuerie ».

Vous voulez toujours en consommer, de la viande ?

Faut-il manger des animauxLe reportage relève ces paradoxes que Jonathan Safran Foer établit dans Faut-il manger des animaux :

  • lorsqu’on a des animaux de compagnie, on devrait se demander un jour ou l’autre pourquoi les uns ont le droit de s’assoir sur nos canapés tandis que l’on fait souffrir les autres
  • même si on travaille sur le bien-être animal en élevage et en abattoir, la finalité est de leur donner la mort.

 

 

A l'abattoirAu cours de l’émission, Séverin Muller, auteur de A l’abattoir remet en cause notre surconsommation de viande. Selon lui, la viande devrait être un produit de luxe à consommer en des occasions spéciales.

Les mots de Thomas Lepeltier sont encore plus forts.

Selon lui, l’industrie de la viande est « une industrie fondée sur la souffrance et la cruauté ». Or, elle est « inutile ». Effectivement trop de personnes, à commencer par le personnel de l’abattoir interrogé, pense que la consommation de viande est indispensable. Thomas Lepeltier insiste :

« Il faut arrêter de consommer des produits qui sont fondés sur la cruauté et la souffrance. »

« Nous sommes des grands-singes. On trouve tout ce dont nous avons besoin dans une alimentation végétale. »

« La cruauté est à tous les niveaux, que ce soit pour le lait, pour les œufs ou pour la viande. »

Thomas Lepeltier dénonce le paradoxe selon lequel la cruauté est condamnée par la loi… sauf quand il s’agit de faire de l’argent.

Il rappelle que :

  • pour avoir des poules qui pondent des œufs, il faut avoir des poussins femelles. Les mâles sont broyés.
  • pour avoir du lait et des produits laitiers (fromages, yahourts, etc.), il faut enlever le veau nouveau né à sa mère

Et que donc, même un élevage traditionnel soucieux du bien-être animal est contraint à ces pratiques. Et comme l’écrit Jonathan Safran Foer, même l’animal de l’élevage le plus respectueux finit en abattoir.

Aujourd’hui, l’offre en produits végétaux est nombreuse. Nous ne sommes pas des esquimaux vivant sur la banquise avec uniquement des animaux à nous mettre sous la dent. Nous avons le choix : ne pas manger ces produits empreints de souffrance. Et je dirais même : cela est notre responsabilité.

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