Je suis entrée dans un abattoir

Je vais vous décevoir : je ne suis entrée « que » dans les bureaux. Mais c’est tout de même un comble pour une végétarienne alors que dire pour une végétalienne.

De l’extérieur, on aurait dit une industrie comme une autre. D’ailleurs, mon interlocuteur m’avait indiqué : « Notre industrie se trouve… » Un parking « visiteurs », un grand bâtiment avec accueil vitré, « des quais de déchargement ». Rien de différent de ce que je côtoyais « avant » quand j’étais dans le monde de l’industrie, justement.

Je me suis dirigée vers l’accueil. Il était comme n’importe quel accueil des centaines d’entreprises dans lesquelles je me suis rendue depuis que je suis entrée dans la « vie active » (comme on dit – alors que je ne pense pas avoir été particulièrement molle quand j’étais étudiante). Un comptoir avec une assistante derrière. Mais là arrive le premier point qui cloche : à sa droite se trouve un homme coiffé d’une charlotte et vêtu d’une blouse blanche. Pour moi, l’industrie, c’est les objets et les machines que l’on fabrique avec du métal et du plastique. En général, il n’y a pas besoin de blouses blanches, sauf produits très spécifiques pour l’agro-alimentaire ou le médical. Deuxième détail qui cloche : sur son épaule gauche, l’homme a une traînée de sang…

A coté du comptoir se trouve un couloir au fond duquel se trouve une porte. Je ne l’ai pas franchie. Des gens sont passés, dans un sens et dans l’autre, certains en blouses, d’autres non. Certains avec des blouses maculées de sang, d’autres avec des blouses immaculées. Un homme est passé avec des chaussures toutes crottées. Il est passé dans l’autre sens quelques minutes plus tard avec les mêmes chaussures crottées pendant que j’attendais dans le « salon » d’attente, avec ses chaises, sa table basse et ses revues comme dans n’importe quelle autre industrie. Et puis je suis montée à l’étage. De part et d’autre de l’escalier, les chaînes de production. C’est comme cela qu’on les appelle dans l’industrie. Sauf que là, les produits étaient des carcasses de porc, à différents stade de leur « transformation ». J’ai passé une ou deux heures dans une salle de réunion. Comme dans n’importe quelle autre industrie. Au dessus de moi trônaient des photos de jambon…

Et puis, je suis repartie. En passant à l’accueil, j’ai émargé la feuille des visiteurs, comme dans n’importe quelle industrie. Mais intérieurement, je pensais à tous ces cochons qui arrivent bien vivants et ressortent en jambon, à tous ces gens qui travaillent là-dedans avec le sang de la vie sur les mains, et à tous les gens qui ne se poseront aucune question en mangeant leur jambon.

photo twittée @r007_me - J'imagine l'abattoir dans lequel j'étais bien plus aseptisée mais est-ce vraiment le cas ?

Photo twittée par @r00t_me –  J’imagine l’abattoir dans lequel je me suis rendue bien plus aseptisé mais était-ce vraiment le cas ?

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