Le placenta a sa propre flore bactérienne – Lien potentiel entre santé buccale et prématurité

Mon premier enfant est né le jour du terme. Le jour où je l’ai mis au monde, j’ai perdu une dent. Alors que je mangeais le contenu insipide de mon plateau d’hôpital, j’ai eu d’un coup des morceaux durs dans la bouche: ceux de ma propre dent. Il y avait quelque chose de ridicule d’être hospitalisée mais de ne pouvoir être soignée. Lorsque j’ai demandé s’il était possible de voir un dentiste, on m’a répondu qu’il n’y en avait pas dans cette clinique et qu’il fallait que j’aille consulter « en ville ». J’ai dû demander auprès de mon mari d’insister pour qu’il m’obtienne un rendez-vous rapidement chez la dentiste de notre village. Le délai était de quinze jours ; il a pu négocier pour que je la vois deux jours après mon retour à la maison. Bien que cette situation n’ait eu rien de grave, il n’était pas agréable d’être une jeune accouchée avec une dent en moins. Lorsque j’ai raconté cette histoire à des collègues, l’une d’elles m’a appris le dicton : « Un enfant, une dent. » Au ridicule de cette situation s’est ajouté des faits qui auraient pu être bien plus graves, mais qui Dieu merci ne l’ont pas été. Cela, je ne l’ai appris que ces derniers jours.

Pour plusieurs centaines d’euros remboursés par ma mutuelle, la dentiste de mon village m’a mis une couronne et la vie a suivi son cours. De temps à autre, je ressentais une sensibilité à la molaire jouxtant celle qui avait été couronnée. Mais je ne suis pas du genre à me plaindre ni à m’inquiéter pour un rien. Cela me joue des tours, je le sais maintenant. Plus de cinq ans se sont écoulés. La sensibilité a augmenté et j’en ai parlé à un dentiste formidable que j’ai rencontré deux ans après la pose de la couronne pour traiter une latéro-déviation. Je ne vais pas m’attarder sur ce sujet qui mérite un autre article. Toujours est-il que dès que je l’ai rencontré, il m’avait dit que cette couronne avait été très mal faite. Suite à ma rencontre avec ce dentiste exceptionnel, j’ai entamé un traitement orthodontique. Lorsque je lui ai parlé de mon problème de sensibilité, il a fait une radio et a immédiatement envoyé un courrier à mon orthodontiste. Il aurait aimé déposer la couronne aussitôt. Il m’a dit qu’un étudiant qui ferait une telle couronne n’aurait pas son diplôme. Je n’ai pas encore récupéré le fichier de la radio pour la mettre sur mon blog.

Mon traitement orthodontique allait s’achever sous peu. Mon orthodontiste ne s’est pas affolée et moi non plus. Et environ un mois plus tard, alors que je mangeais un gâteau qu’aurait pu manger une édentée, voilà que subitement j’ai eu extrêmement mal à cette dent. Je retourne voir mon dentiste : j’ai une carie, causée exactement comme il le laissait entendre du fait de la mauvaise forme de la couronne. Il me « creuse » la dent et me met de la « biodentine ». Je reviens chez moi, groggie. Et je pose ma main sur ma joue à l’emplacement de la dent traitée qui me fait mal, comme une caresse pour la soigner. Et là, je réalise que c’est tout de même bizarre d’avoir le côté gauche du visage comme « pourri ». C’est le mot qui me traverse l’esprit.

En effet, poser la main à l’endroit des dents malades faisait que le bout de mes doigts se trouvait exactement sur une cicatrice que je porte entre l’œil et le nez depuis plus de deux ans. A cette époque, j’ai eu une infection purulente inexpliquée. Je ressentais comme une brûlure entre l’oeil et le nez puis cette douleur lancinante se poursuivait par des éruptions de liquide en dehors de la peau. J’avais peur que le problème n’atteigne mon œil gauche. J’ai été traitée par antibiotiques. Pourrait-il y avoir un lien entre les dents et cette infection ? D’autant que cette infection a démarré le lendemain de la pose de mon appareil dentaire… Je m’en rappelle fort bien puisque ma mère avait fait remarquer que ce problème s’ajoutait à mon appareil dentaire qui n’était pas non plus une partie de plaisir. Mais à l’époque, personne n’aurait imaginé le moindre lien.

Une semaine après, je retourne chez ce dentiste. Il regarde la dent qu’il a réparée, essaie d’appeller mon orthodontiste qui ne répond et n’y tient plus : il enlève la couronne de la dent voisine. Et là, dégoût : sous la couronne, il y a un goût et une odeur infects. Tout est pourri. Il est scandalisé, n’aime pas extraire les dents mais me dit que c’est la meilleure chose à faire. Surtout, il m’explique que les dents peuvent être des portes d’entrées pour des bactéries et autres organismes qui peuvent de là aller se nicher sur n’importe quel organe. Je lui fais part alors de l’infection que j’avais eu et lui demande s’il pense que cela peut avoir un lien. Il me répond : « Si ce n’est que cela, vous avez de la chance ! » Alors de nouveau comme je l’avais fait lorsque j’avais posé ma main sur mon visage meurtri, j’ai pensé à autre chose : pourrait-il y avoir un lien entre ce problème de dent et la naissance prématurée de mon deuxième enfant, né avec deux mois d’avance ?

Après que le dentiste m’ait extrait la dent, il me dit qu’il l’aurait fait si j’avais été sa fille et que je n’ai aucun regret à avoir : au bout des racines se trouve un granulome, un amas sanguin témoignant d’un foyer infectieux… Pardonnez moi la photo peu ragoûtante mais voilà à quoi cela ressemblait :

dent granulome

C’était il y a deux semaines et hier je lis dans Sciences et Avenir un article intitulé : « Le placenta a sa propre flore bactérienne ».

L’auteur, Pierre Kaldy, explique que les scientifiques ont longtemps pensé que « le placenta est un tissu stérile ». Des analyses récentes ont prouvé au contraire « un microbiote de bactéries réduit en nombre mais plus varié en espèces que ceux déjà connus de l’intestin, du vagin, de la peau ou de la bouche. » De plus, le profil du microbiote placentaire est proche de celui de la flore buccale ! Plus loin, l’auteur cite un professeur de l’Institut Pasteur qui déclare : « Lors du brossage des dents […] des bactéries passent dans le sang ». Ensuite sont exposés d’autres résultats :

« Des différences sont apparues chez les femmes ayant accouché prématurément ou bien ayant contracté une infection bactérienne en cours de grossesse. Les chercheurs se demandent maintenant si certains profils bactériens pourraient être plus souvent associés aux naissances prématurées, et ils préconisent une bonne hygiène dentaire dès la conception afin de favoriser le bon déroulement de la grossesse. »

 

Lorsqu’une maman met au monde un enfant prématurément, elle se pose des centaines de questions culpabilisantes sur les raisons pour lesquelles son enfant est né trop tôt. En ce qui me concerne, j’ai notamment bossé comme une tarée et respiré des produits des chimiques dans le cadre de mon travail. J’ai mis un an à digérer cette histoire dont mon fils et moi nous serions bien passés. Et aujourd’hui, trois ans après la naissance de mon fils actuellement en pleine santé, j’apprends qu’une autre raison de sa naissance pourrait être une dent mal soignée. Alors si j’écris cet article qui mêle vécu personnel et article de presse, c’est pour le partager avec d’autres futures mamans. Parce que si une visite chez un bon dentiste peut éviter des problèmes tels que les miens, il ne faut surtout pas hésiter. Reste à trouver le bon dentiste.

 

Le placenta a sa propre flore bactérienne

Vous retrouverez cet article sur le blog des Vendredis Intellos.

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