Le marché de la procréation artificielle

L’écologiste a publié dans son numéro de septembre un excellent article sur le marché de la procréation artificielle.

Depuis plus de quinze ans, j’accumule dans l’industrie des compétences en lignes et procédés de production, gestion de projet, marketing produit. Lorsque j’ai découvert l’univers concentrationnaire des poules en cages et des porcs sur caillebotis, l’insémination artificielle systématique des vaches, des truies et autres mammifères femelles dans le but de commercialiser leurs petits sous forme de viande sous emballage plastique et autres produits transformés, j’ai été profondément choquée que l’on traite la vie comme une vulgaire marchandise de plastique ou de métal. Tout cela est pour moi inconcevable et intolérable. Comment est-il possible d’accepter la sélection et la marchandisation des embryons et l’exploitation des donneuses d’ovocytes quand on s’y oppose pour les animaux non humains ? A l’heure où le « commerce équitable » est en vogue, pourquoi cautionner une forme d’esclavagisme moderne subi par des femmes pauvres qui louent leur corps pour survivre ? N’y a-t-il pas d’autre moyen de leur venir en aide ?

L’Ecologiste partage des données chiffrées et un point de vue humaniste que j’ai vivement apprécié. Extraits :

echographie truieSur le site de la société Egg Donation, un contrat de vente d’ovocyte coûte environ 20.000 dollars plus les frais d’avocats. « Et si toutes les jeunes filles du site assurent qu’elles font don de leurs ovules dans un but humanitaire, pour aider des couples en détresse, la fournisseuse percevra néanmoins entre 5 et 10.000 dollars ».

Des entreprises font du « sperm business ».

 L’industrie « extrait » et « exploite la matière première reproductive ». Entendez par là sperme et ovules.
 
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« Le don d’ovocyte n’a rien d’une partie de plaisir : il suppose d’abord un blocage des ovaires grâce à un traitement spécial (leuroprolide) qui peut provoquer des effets secondaires, comme la tachycardie ou la baisse de densité osseuse. On pratique ensuite des injections quotidiennes pendant au moins dix jours pour stimuler les ovaires et produire suffisamment d’ovocytes (une femme n’en délivre normalement qu’un par cycle). Ce traitement est dangereux puisqu’il est capable de provoquer un syndrome d’hyperstimulation ovarienne (OHSS) dont les formes peuvent être légères, mais aussi sévères, voire mortelles. »
 
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echographie truie« Les femmes qui subissent ce traitement à des fins personnelles, pour augmenter une fertilité insuffisante ou dans le cadre d’une fécondation in vitro, ne cherchent pas à obtenir plus de 7 ou8 ovocytes, mais celles qui vont vendre leurs cellules à Kiev ou à Chypre savent qu’elles auront droit à une prime si elles produisent davantage. »
« A cela s’ajoutent les prises de sang et échographies que doit subir la fournisseuse, avant le prélèvement, réalisées sous anesthésie locale ou générale. »
 
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« Le travail [des banques de gamètes] consiste à acheter à bas prix les matières premières reproductives qu’elles revendront à prix d’or. »
 
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« Aux États-Unis, le prix d’un ovule varie aujourd’hui entre 2.500 et 50.000 $, en fonction des critères : âge de la fournisseuse, nombre de grossesses ayant déjà fonctionné avec ses ovules, nombre d’ovules produit à chaque stimulation ovarienne, couleur de peau, profil génétique, antécédents médicaux, origine sociale, caractéristiques physiques, résultats aux tests de QI et niveau d’éducation. »
 
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« Un prolétariat contraint de vendre, non plus sa force de travail, mais les produits de son corps. Dans la Roma antique, on appelait prolétaire celui qui n’avait que ses enfants, proles, pour seule richesse. »
 
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Fresque - Kerala, Inde

Fresque – Kerala, Inde

« Ce sont les pays du Tiers-Monde, l’Inde en tête qui fournissent les plus importants contingents de ce nouveau prolétariat. »

 

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« On sait que de jeunes françaises […] traversent la frontière pour aller vendre leurs ovocytes en Espagne. »

 

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« On trouve plus d’une centaine [de centres de reproduction humaine] en Espagne, plus d’un millier en Inde. Et comme toutes les industries du secteur secondaire, mondialisation et concurrence internationale obligent, l’industrie du bébé délocalise dans les pays pauvres. »

 

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« A eux-seuls, les Français [qui représentent 10% de la clientèle du pays] rapportent à l’ensemble des cliniques spécialisées espagnoles un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros. »

 

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« [L]a fécondation in vitro ouvre la voie au design industriel de l’enfant. […] Ayant obtenu plusieurs embryons par fécondation in vitro, le biologiste les soumet à un diagnostique pré-implantatoire, un test génétique permettant de choisir celui ou ceux qui seront implantés. Les perspectives de croissance pour les sociétés spécialisées dans le décodage du génome et la sélection des embryons sont énormes ; et le design de l’enfant parfait, assurément le créneau le plus porteur de l’industrie du bébé. »

 

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Fake-Pregnant-Belly

Faux ventre en silicone permettant de tromper son entourage. Selon la société qui vend ce produit, il permet à la femme qui prétend être enceinte de tromper jusqu’à sa propre mère…

Dans la banlieue chic de Los Angeles, le Fertility Institue […] fabrique chaque année 800 bébés par fécondation in vitro. Parmi eux, 700 ont des parents parfaitement fertiles. Ces riches américains ont préféré recourir à la FIV et au diagnostic pré-implantatoire afin de garantir les meilleures caractéristiques génétiques à leur progéniture. Et accessoirement de choisir le sexe de l’enfant. »

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« L’enfant sur catalogue.
L’eugénisme libéral. »

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« En Inde, […] la fécondation in vitro avec une donneuse indienne coûte 7.500 dollars américains, contre 18.500 si vous choisissez une donneuse de type caucasien.

C’est en Inde aussi que vous trouverez les tarifs les plus compétitifs sur les mères porteuses. « Les Indiennes louent leur corps entre 1.300 euros et 7.000 euros, et la facture totale pâyée par les étrangers se situe entre 10.000 euros et 25.000 euros. »

 

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« [Dans une clinique indienne], beaucoup [de femmes] attendent des jumeaux, car, pour augmenter les chances de succès, on implante souvent deux voir trois embryons – quitte à procéder ensuite à une « réduction embryonnaire » selon le désir du client.

Comme les futures parents souhaitent souvent être là le jour J, la délivrance passe fréquemment par une césarienne. »

 

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 « Des études indépendantes révèlent les conditions sociales et économiques de la plupart des mères porteuses : elles sont pauvres, pour beaucoup illetrées et bien en peine de défendre leurs droits en cas de problème (changement d’avis des clients, enfant handicapé, avortement spontané, complications de grossesse). »

 

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« Dépassées par l’ampleur du phénomène, les autorités indiennes n’ont rien trouvé de mieux récemment, pour réguler le marché des mères porteuses, que d’interdire la GPA aux célibataires et aux couples homosexuels. Sur place et à l’étranger, des associations de défense des homosexuels s’offusquent. […] Halte à la discrimination ! Les homosexuels riches aussi ont le droit d’exploiter les femmes du Tiers-Monde. »

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Dans un précédent article, j’invitais à consulter les sources suivantes sur le sujet :

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Ce sujet me rappelle l’excellent article du blog Peuvent-ils souffrir dans lequel l’auteur parle des expériences d’utérus artificiel mené notamment sur des femmes à leur insu. Lien direct vers la vidéo citée par Peuvent-ils souffrir ici.

 

Vous retrouverez cet article sur le blog des Vendredis Intellos.

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