Le gaspillage et la pauvreté

De passage à Paris entre deux gares, j’ai décidé de sortir de l’une d’elle pour aller m’acheter quelque chose à manger de meilleur que la restauration rapide industrielle que l’on trouve dans ces endroits de transit (et quelque chose de végétal). Sur le chemin du retour, il se met à pleuvoir. Je m’abrite sous une devanture et décide de m’offrir un carré de chocolat en regardant la pluie tomber. Une fois n’est pas coutume, je ne suis pas pressée et je savoure : le bruit de la pluie, l’eau vivifiante, mon carré de chocolat qui fond sur ma langue, le temps dont je dispose. La pluie s’arrête. Je repars.

Au moment où je passe devant un Monoprix, un homme en sort deux poubelles qu’il laisse sur le bord du trottoir. Aussitôt, quatre personnes ouvrent la poubelle et vident son contenu dans leurs sacs à dos et sacs à provisions. Provinciale, je suis littéralement éberluée. Ma stupeur me laisse juste ce qu’il faut de conscience pour sortir mon appareil photo que je transportais dans ma valise.

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Je n’en revenais pas de voir des gens qui n’avaient pas du tout l’air de clochards comme on se les imagine parfois en cliché mais des gens comme vous et moi, avec de la tenue, des femmes aussi, et d’un certain âge, se nourrir dans les poubelles. Comme se fait-il que les plus âgés d’entre nous doivent prendre leur nourriture dans les poubelles des autres ? Interloquée, je me suis approchée de celle partie en dernier et lui ai parlé. Je crois qu’elle n’en revenait pas. A moins qu’elle ait été méfiante, me demandant qui j’étais. C’est vrai qu’avec mon gros appareil photo et ma valise, je devais être surprenante moi aussi. Je lui ai dit que j’étais juste une femme. Elle m’a dit qu’elle venait d’Albanie et que son logement lui coûtait cher. Et puis je l’ai laissée prendre le contenu de la poubelle encore disponible. Des courgettes tout à fait présentables. Des barquette de fraises dont seule une ou deux étaient ramollies. Cette société qui laisse des gens sur le bord de la route et jette sans compter, gaspille à tours de bras, me laisse sans voix.

Le camion poubelle est passé. Les éboueurs ont vidé le contenu des poubelles dans le camion. Direction l’usine d’incinération. Tout est parti en fumée (et en lixiviats et mâchefers dont on ne sait que faire).

J’ai poursuivi mon chemin. Tout n’avait duré que quelques secondes pour une scène bien rodée qui se déroule sans aucun doute tous les soirs. Qui a la solution pour l’interrompre et la rejouer sans gaspillage et avec considération ?

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