Des montres écologiques ?

La ponctualité ne fait pas partie de mes qualités, et encore moins en l’absence de montre. Celle que je portais depuis plus de dix ans a rendu l’âme, ou plus exactement, elle était, selon l’horloger du coin, trop usée pour être réparée tant au niveau du fermoir que de l’horlogerie. Alors pendant deux ans, je me suis passée de montre, me contentant de l’heure indiquée sur mon four et de mon téléphone portable. Mais plutôt que de chiffres lumineux sur un four, je rêve d’un coucou mécanique et je ne suis pas accro au portable. J’arrive à vivre sans montre mais bon, c’est tout de même pratique de l’avoir au poignet pour qui a une notion élastique du temps ou optimise l’utilisation de la moindre seconde. D’autant que les trains, les avions et les maîtresses n’attendent pas le passager et ces dernières étant capables d’avoir pour l’indigne maman un regard fort courroucé.

Certes, j’aurais pu choisir une solution de facilité et succomber à l’une de ces montres pas cher au design féminin que l’on trouve dans n’importe quel magasin. Mais j’aurais trop eu l’impression d’acheter du jetable et notre planète n’en a pas besoin. Par ailleurs, quand on y réfléchit, c’est tout de même une aberration écologique d’avoir des montres à piles lorsqu’il existe des alternatives. Des piles que l’on change à peu près une fois par an. Cela fait beaucoup de déchets pour lire l’heure. Un français utiliserait-il une soixantaine de piles de montre au cours de sa vie ? Certes, les piles ont permis d’avoir des montres dont l’exactitude reste constante au fil des mois. Mais elles sont bourrées de métaux lourds. En outre, c’est effarant mais selon l’ADEME, deux tiers des 800 millions (!) de piles utilisées par les français ne seraient pas recyclées.

Si elles ne sont pas correctement recyclées, les composants constituant les piles – dont les métaux lourds – finissent irrémédiablement dans la nature. Et ces métaux lourds remontent inéluctablement la chaîne alimentaire pour finir dans notre assiette. Selon l’ADEME une pile abandonnée dans la nature contamine 1m3 de terre et 1.000 m3 d’eau pendant 50 ans ! Et comble du ridicule, la fabrication des piles consomme beaucoup plus d’énergie que ce qu’elles produisent.

On trouve ici un beau compteur du nombre de piles vendues en France mais je ne parviens pas à l’intégrer dans mon site, WordPress.com n’acceptant à priori pas le javascript.

J’ai donc suggéré à mon mari de m’offrir une montre à remontage automatique, c’est à dire qui se remonte avec les mouvements du poignet. Mais aux dires du même horloger local, cela n’existe pas pour femme et est extrêmement onéreux. Et puis de toute façon, mon cher et tendre a oublié. L’homme a bien vécu pendant des siècles sans montre : pourquoi pas moi ?

 

Devise en provençal : "Tu fas que passa òu sabes bèn" "Tu ne fais que passer, tu le sais bien"

Devise en provençal : « Tu fas que passa òu sabes bèn »
« Tu ne fais que passer, tu le sais bien »

J’ai d’ailleurs apprécié être attentive à la luminosité et aux sonneries des cloches de nos églises.

En fouinant sur internet, j’ai constaté que mon bijoutier avait tort : il existe bien des montres pour femmes automatiques… mais il faut compter au bas mot 400 € pour une Hamilton ou une Tissot et au moins 2.000 pour une Omega. Je n’ai pas 2.000 € à mettre dans une montre et bien que je pourrais trouver 400 €, je trouve cela parfaitement ridicule, d’autant que bien que mes enfants ne portent plus de couches, je fais la vaisselle, du jardinage et que mon boulot se déroule parfois dans une atmosphère un peu cra-cra… Ce n’est pas des activités pour des montres de prix.

On trouve des montres à remontage automatique pas cher sur mamontreautomatique.com mais « pas cher » a souvent un prix. Les prix et les commentaires d’internautes sur ce site laissent penser que les produits vendus soient fabriqués en Chine.

Mais cette idée de montre sans pile me turlupinait d’autant plus que j’ai rencontré plusieurs personnes ne portant plus de montre pour ne pas subir l’effet de son champ magnétique.

Une montre solaire ? Drôle d’idée quand on pense aux matériaux dont a certainement besoin pour fabriquer un tel produit, comme du silicium par exemple.

Et puis j’ai appris qu’une « montre sans pile » peut comporter un circuit intégré.

Je suis tombée sur la marque italienne WeWood, qui propose une ligne de montres en bois fabriquées sans solvant… mais qui fonctionnent à pile. Les prix tournent autour de la centaine d’euros, les design sont sympas mais je vois mal comment on peut se targuer d’être une montre écologique et biodégradable alors qu’il y a une pile. Mais bien sûr un bracelet en bois est une idée qui me plaît bien davantage qu’un bracelet en cuir ou en peau de croco comme cela se faisait à l’époque…. En fait outre le bracelet bois, l’argument marketing phare de WeWood est de planter un arbre pour l’achat d’une montre.

We wood

We wood

WeWood3

Finalement je suis tombée sur un site de fana de montres russes. Ce forum de passionnés m’a donné l’idée de rechercher… une montre d’occasion… à remontage manuel. Je me suis rappelée qu’enfant, la première montre que m’avait offerte mes parents se remontait périodiquement. On recharge bien son portable en le branchant sur le secteur. Ne peut-on trouver quelques fractions de secondes pour remonter sa montre ? A bien y réfléchir, un bon vieux mécanisme de rouages assemblés à la main me plaît. De l’ajustage, de la précision : j ‘aime ! Gaspiller autant de ressources pour fabriquer des piles, des circuits intégrés, des cellules photovoltaïques juste pour éviter de remonter sa montre une fois par jour, n’est-ce pas finalement une aberration ? Logiquement, les montres à remontage manuel ne sont fabriquées « que » de rouages métalliques. Ce n’est pas un impact neutre mais logiquement moindre et sans « frais d’exploitation ».

On trouve des montres à remontage manuel neuves par exemple sur le site de ce joailler à partir de la bagatelle de 3.000 €.

On en trouve d’occasion sur ebay, Priceminister, ou encore Tout vendre pour des budgets bien plus raisonnables.

Il y a aussi de beaux produits mais plutôt chers et de collection sur chrono24.fr, un site d’origine allemande intéressant pour les germanophiles comme moi.

Du coup, je me suis offert sur Priceminister deux montres sans même attendre Noël. Une lip en plaqué or et une Ruhla. D’après mes recherches, Ruhla est une marque est allemande. Je ne sais pas si la montre que j’ai est de qualité mais elle fonctionne parfaitement. Et puis c’est rigolo : en entendant son tic tac, je me dis que c’est un peu comme si je portais une Trabant au poignet. Ces deux montres d’occasion sont en parfait état bien qu’elles aient déjà plusieurs décennies et j’ai doublement atteint mon objectif : pas de pile et avec une montre qui a déjà servi, on peut dire que je leur donne une seconde vie et que je fais déjà du recyclage en l’utilisant. La lip m’a coûté 38 € et la Ruhla 29 €. Je porte la Ruhla au quotidien et laisse la lip dormir dans mon placard pour les jours plus habillés. Il n’y a pas de pile qui s’use pour rien. Il paraît juste qu’il faut remonter la montre de temps à autre pour entretenir le mécanisme.

lip 04   ruhla 03

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Cet article vous donne-t-il une idée de cadeau de Noël à offrir ou à se faire offrir ?

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