Le végétarisme dans deux albums du Père Castor

Les Albums du Père Castor sont des classiques de la littérature enfantine. J’ai relu avec délice et nostalgie deux de ces albums en cette fin de semaine. Ce sont de magnifiques livres pour tous et des perles pour tout parent souhaitant susciter un questionnement chez son enfant à propos de son alimentation.

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MarlaguetteMarlaguette

Marlaguette est un récit de Marie Colmont -l’auteur du Magnifique Michka– illustré par Gerda.

Marlguette est une gentille petite fille enlevée par un loup. Courageuse, la fillette se débat et le loup se cogne contre la roche de sa caverne. Prise de pitié, Marlaguette soigne la bête sauvage. Une fois les soins infirmiers prodigués, elle lui fait boire de la tisane.

« Lui qui se régalait de viande crue, avec du bon jus saignant qui ruisselle le long des babines, cette camomille l’écœurait. »

Dès qu’il est de nouveau assez fort, le loup croque un geai qui veut prévenir Marlaguette que le loup la mangera.

Image désuète, le petite fille est furieuse et donne une fessée au loup, qui, repentant, lui promet qu’il ne le refera jamais. Alors  la bête sauvage qui s’est éprise d’amour pour l’enfant d’homme se nourrit « des framboises, des myrtilles, des champignons, des herbes, du pain que lui portait Marlaguette. Hélàs ! A ce régime il s’anémia. »

Un chasseur(*) explique à Marlaguette que la physionomie du loup ne lui permet pas d’être végétarien.

« Un loup n’est pas végétarien ; il faut qu’il mange de la viande, son estomac est fait pour ça. »

Marlaguette délie donc son ami de sa promesse. Le loup s’en retourne vivre au fond des bois mais ne tue plus que « lorsqu’il [a] faim et jamais plus il ne mangea de petit enfant. » Les deux amis penseront alors ensuite souvent l’un à l’autre avec émotion.

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Quoi que je doute que le loup mange pour d’autres raisons que sa faim, l’auteur propose plusieurs belles pistes de réflexions. Le chasseur n’est visiblement pas un fanatique cherchant à tout prix à abattre un animal sauvage, fut-il pourtant autant considéré comme potentiellement dangereux par le plus grand nombre qu’un loup. Tout chasseur qu’il soit, il invite la petite fille à respecter le loup, à respecter ses différences. Dans ce livre finalement, animal sauvage et enfant d’homme restent à leur place mais ils ont tissé de beaux liens de respect et d’amour. Grâce à Marie Colmont, le loup n’est plus seulement « grand » et « méchant ». Et si l’estomac du loup est fait pour manger de la viande, on peut sous-entendre que le nôtre peut très bien s’en passer.

(*) Relisant le livre après avoir écrit cet article, je constate que le chasseur est en fait un bûcheron. Qu’importe, cela aurait tout à fait pu être un chasseur 😉

 

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Conte de la Marguerite

conte de la marguerite

Le Conte de la Marguerite est un album du Père Castor écrit par Béatrice Appia.

Une Marguerite quitte son pré fleuri pour partir à la recherche du mouton qui lui a brouté deux feuilles. Courageuse, elle franchit d’immenses dangers pour elle petite fleur : emportée par un ruisseau rapide vers une cascade, elle est aidée par un lézard qui l’emmène consulter un corbeau tout en haut du sommet d’un peuplier. Mais ce dernier peut moins l’aider que le bœuf qui lui fait part d’une terrible information : son mouton est peut-être parti pour la montagne… à moins qu’il n’ait été envoyé chez le boucher, car les hommes les mangent ! La Marguerite part donc avertir son mouton à toute allure. Car la douce fleur aime le mouton et c’est par amour qu’elle lui avait offert deux feuilles, à lui alors si petit. Rien ne l’arrête : ni les pierres, ni les épines, ni la chaleur. Elle parvient dans les alpages et y retrouve son mouton à qui elle communique la terrible nouvelle.

« Je ne puis le croire, dit le mouton, je n’ai fait de mal à personne !… Me sauver ! Je périrais de chagrin sans mes frères ! Autant partager leur sort !… »

Le lendemain, le mouton ami de la Marguerite est choisi pour conduire le troupeau. L’histoire ne dit pas quel sera le sort de ses congénères mais lui devra à sa position de ne jamais être conduit chez le boucher.

Un magnifique conte sur la solidarité, le don de soi, l’amitié, avec des dessins pleins de charme.

 

  • de 3 à 8 ans environ :
  • Marlaguette. Récit de Marie Colmont illustré par Gerda. Père Castor Flammarion. 1993. 24 pp.
  • Conte de la Marguerite. Bétrice Appia. Père Castor Flammarion. 1993. 22 pp.

 

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