Quelques absurdités dans le domaine de la création d´entreprise

J’avais en tête cet article il y a plusieurs semaines déjà, bien avant cette histoire de « loi travail ». J´en ai vaguement suivi les débats autour des manifestations du 9 mars, éteignant bien vite le poste tellement ils me semblent éloignés de mes préoccupations et de mon quotidien. Finalement, je me dis qu´autant partager ici mon point de vue. Sait-on jamais qui pourrait lire cet article. Si cela poussait ne serait-ce qu´une personne à la prise de conscience, c’est comme en ce qui concerne le véganisme, cela en aura valu la peine.

1. La complexité du système fait vivre du monde mais pas ceux qui ont des idées d’activités réelles

Ayant une idée de création d’activité, je me suis naturellement tournée vers la CCI. J’ai assisté à une ou deux réunions, rencontré plusieurs personnes sympathiques (agréable constatation – j’avoue que je m’attendais à pire). Je le vois du bon côté : elles ont remis constamment mon projet en question, comme pour que je me demande si je voulais bien le faire, pour me pousser à me questionner, pour voir si mon projet tenait la route. Mais comme dorénavant je fais ce que j’ai envie de faire et que je suis mon instinct… Et d’un autre côté, qu’ai-je appris ? J’ai plus perdu mon temps en trajets qu’autre chose. J’ai surtout eu l’impression que ces personnes en face de moi étaient payées pour  m’expliquer un système compliqué, tentant par leurs mots de le rendre un peu moins complexe. Je fais ici notamment référence aux différentes structures juridiques : auto-entrepreneur, EURL, SARL, SAS, et j’en passe. Comme les personnes de la CCI n’étaient pas capables de répondre à certaines de mes questions, j’ai également appelé le portail de l’auto-entreprenariat. Comme j’y ai obtenu des réponses contradictoires, j’ai dû appeler à plusieurs reprises. Et comme elles ne savaient pas répondre à certaines de mes interrogations, j’ai dû appeler les douanes. Vous croyez qu’il s’agissait d’une question compliquée ? Nullement. Il s’agissait de quelque chose de complètement banal : le négoce de produits achetés dans un autre pays membre de l’Union  Européenne. Et bien toutes ces personnes sont incapables d’expliquer le système de taxation qui en découle. Je suis tombée sur des personnes très aimables, et d’autres franchement désagréables (mais j’accorde la palme de l’inhospitalité à la CNIL). Or tous ces gens, pour qui se prennent-ils ? Par qui sont-ils payés ? Par nos impôts, par les cotisations. Alors ce seraient déjà bien qu’elles commencent par être aimables et par aider ceux qui se démènent dans la vraie vie.

=> suggestion : favoriser la transversalité et recruter des agents de l’état qui ont eu une vie professionnelle riche et sont passés par ce que vous vivez pour vous renseigner ! Ou au moins qui comprennent ce dont ils parlent !

 

2. L’injustice de l’aide à la création d’entreprise

On me l’a dit tout de suite et dans plusieurs endroits : en France, l’aide à la création d’activité est réservée aux demandeurs d’emploi. Je suis salariée donc je n’y ai pas droit. Mais ça tombe bien : je ne comptais pas demander d’aide. Mais toutefois je m’interroge : n’y a-il que les demandeurs d’emploi qui ont de bonnes idées de création d’entreprise ? Bien sûr, c’est mieux qu’un demandeur d’emploi crée son activité plutôt que de rester sans emploi. Mais je pense au salarié en bas de l’échelle qui s’emmerde à son poste et a une idée brillante de création d’entreprise… Pour avoir une aide, il faudrait qu’il perde son poste. Ridicule. Injuste.

=> mon avis : personnellement, je ne vois pas pourquoi il y a des aides à la création d’entreprise, ni de soutien à certains secteurs en difficulté. Dans l’absolu, une bonne idée va se financer d’elle-même et un entrepreneur avisé doit savoir anticiper (mais que la législation lui permette ou non d’anticiper, c’est le prolongement de ce débat). Les banques devraient être moins frileuses et prêter aux gens dynamiques qui osent encore se lancer dans ce pays ! Et hélàs, bien que ces fameuses banques vont pouvoir emprunter à 0% à la BCE, je doute que cela se répercute dans le quotidien des péquins que nous sommes…

 

3. L’absurdité de l’annonce légale

Si quelqu’un connaît l’intérêt de la publication de l’annonce légale, qu’il laisse un commentaire à la fin de ce billet ! Cette procédure obligatoire m’a coûté plusieurs dizaines d’euros pour quelques lignes dans un canard local. J’ai eu l’impression d’être contrainte de participer à la survie d’une presse sans grand intérêt. Et pour quelle utilité ? L’annonce n’a été lue que par quelques arnaqueurs. A l’issue de cette publication, j’ai en effet reçu plusieurs courriers d’arnaques m’invitant à payer plusieurs centaines d’euros pour être enregistrée dans leurs bases d’annuaires. La plupart étaient extrêmement bien faits, imitant les entêtes de documents officiels et ce n’est que lorsque vous lisez les petites lettres au dos ou en bas que vous vous rendez compte qu’il s’agit de sociétés d’annuaires basées le plus souvent à l’étranger (Royaume-Uni, Tunisie ou autre). La lettre la mieux faite imitait à merveille un papier de l’Union Européenne et je regrette de ne pas l’avoir conservée. Cela a un côté révoltant de bosser honnêtement pendant que d’autres ont pour activité de vous entuber. Mais le comble, c’est que moi même ne parviens pas à trouver mon propre numéro de TVA intracommunautaire sur internet !!!

=> suggestion : supprimer l’annonce légale et à l’heure d’internet, rassembler sur un site officiel de la République toutes les sociétés crées avec leur Siret, Siren et numéro de TVA intracommunautaire.

 

4. Le puits sans fond du RSI

Nouveau sigle à découvrir : RSI. Ne pas confondre avec le RSA. Ici il s’agit du régime social des indépendants. On est obligé d’y cotiser quand on crée une entreprise. Que recouvre-t-il vraiment ? Je ne sais pas vraiment. Je n’ai aucune information. Tout ce que je sais c’est que certains ont refusé d’y cotiser et qu’ils ont eu des emmerdes. Je comprends qu’il s’agit de cotisations sociales : maladie, vieillesse… Le truc aberrant dans le système c’est que par ailleurs je suis salariée. Je cotise déjà à la sécu, aux caisses de retraites, etc. Par ailleurs, je cotise déjà à une mutuelle sous un contrat familial et mon mari également. Déjà que c’était double emploi. Là c’est triple. Chaque mois je verse plusieurs centaines d’euros au RSI, et ce alors que je suis déjà couverte et que je ne gagne rien encore. Plus exactement, j’ai l’impression de travailler pour verser du RSI dans un panier percé. Où ça va ? Qui en profite ? Mystère. Je suppose que ça contribue à essayer de colmater le trou de la sécu. Certains me diront qu’il y a des cotisations retraites… on en reparlera dans 30 ans…

 

5. L’entrepreneur, un vulgaire collecteur d’impôts

Avez-vous déjà fait attention à ce que vous payez en TVA ? La TVA représente plus de la moitié des recettes fiscales de l’état. Personnellement, je l’ai réalisé après trois jours (dont un week-end) travaillés comme une dingue. J’avais fait un beau chiffre d’affaires et en rangeant mon matériel, j´ai fait un petit calcul mental : j’allais devoir reverser 600 euros de TVA à l’état. Une fois les frais engagés remboursés, il n’allait rien me rester. Vous me direz : j’étais rentrée dans mes frais. Certains me dirent que c’était déjà pas mal pour une première fois. Oui mais bon. J’aurais bien gardé ces 600 euros pour moi. C’était mérité. Et après les gens vous disent que ce que vous faites est trop cher… Moi maintenant, quand je trouve un produit cher, je me demande ce qu’il y a comme taxe dessus. Et puis voilà pourquoi l’état n’a finalement peut être pas tant intérêt que cela à une décroissance. Imaginez que le consommation diminue drastiquement. Qui va payer le train de l’état ? Voilà peut-être un début d’explication du fait qu’ils nous bassinent avec leur histoire de croissance…

 

6. Une grosse lacune dans le système scolaire

En rédigeant ma première réception de commande, j’ai réalisé que c’était tout de même dingue d’avoir un bac+5 et de n’avoir jamais rédigé une seule facture. Bon je ne suis pas conne et je vais m’en sortir mais je vous avoue que les termes ne me sont pas hyper familiers. En plus, je crois qu’il y a des mentions légales à porter sur une facture. Il ne manquerait plus que je ne sais quelle administration me tombe dessus parce qu’il manque des informations. Bref. C’est quand même surprenant d’être allé si loin dans ses études sans avoir jamais réalisé quelque chose d’aussi basique, alors que c’est à la base de toute activité. A croire que nous n´avons vraiment pas une culture de négociant…

 

7. L´impossibilité de faire travailler quelqu´un

Voilà sans doute le point le plus hallucinant de toute cette histoire. Là encore, si un lecteur a une solution, surtout qu’il me laisse un commentaire à la fin de l’article.

J’ai besoin de quelqu’un pour préparer des commandes. Et je sais qui en plus. Sans emploi, sans indemnité chômage, elle aimerait depuis longtemps reprendre une activité et avait pensé depuis longtemps faire ce type de travail. Je n’en suis qu’au démarrage de mon activité et ces commandes, je ne sais pas trop bien quand elles arrivent. Parfois j’en ai deux par semaines, puis pas pendant une semaine, puis 5 d’un coup. Je voudrais rémunérer quelqu’un pour préparer ces commandes quand elles tombent. Et bien à priori c’est impossible. Certains m’ont dit qu’il fallait que je l’embauche en CDD (mais déjà que j’arrive tout juste à payer mon propre RSI, je ne vois pas comment je peux payer un CDD), d’autres qu’il fallait que je fasse un contrat de travail même si ce n’était que pour une heure de travail. Je pensais que si la personne se déclarait « auto-entrepreneur » cela allait résoudre le problème mais j’ai lu que des multinationales ont abusé d’auto-entrepreneurs qui ne bossaient que pour eux. Résultat :  l’URSSAF peut considérer le fait de faire appel à un auto-entrepreneur comme un contrat de travail abusif. Ma comptable m’a parlé de « chèque travail » mais visiblement elle ne sait pas trop de quoi il s’agit. La CCI n’a aucune solution. Il va falloir que je me résolve à appeler l’URSSAF… Si j’embauche quelqu’un mais que je passe le temps qu’elle travaille pour moi à faire de la paperasse pour l’URSSAF, je ne vois pas l’intérêt. Sans compter que la personne commence à craindre que ce qu’elle va gagner par son travail ne parte complètement en impôts… Bref, faute de solution, pour l’instant je prépare les commandes. Et pendant ce temps, je ne fais pas autre chose. Je bosse comme une dingue tandis que l’autre personne ne gagne pas d’argent. Et après on s’étonne qu’il y ait plus de 10% de chômeurs dans ce pays. Là, où sont-ils les donneurs de conseils ? Vous me direz : peut-être que je devrais voir les choses en grand : aller revoir ma banque qui s’enthousiasmait pour mon projet, emprunter, embaucher en CDD une personne pour préparer les commandes, et une autre pour les ressources humaines, embaucher un commercial pour développer l’activité. Et puis aussi un avocat pour m’expliquer le code du travail. D’ailleurs il faudra sans doute que j’en prenne un car comme la majorité des cadres, mon contrat de travail comporte une clause m’interdisant d’exercer une autre activité (même non concurrentielle). Peut-être, en effet, devrais-je quitter mon poste et embaucher tout ce monde… Êtes-vous assez dingue pour le faire ? Qui est encore assez dingue pour le faire ? Où sont les dingues qui osent encore quitter le confort de leur CDI indétrônable pour se lancer ? Il n’est pas impossible que j’en fasse partie 😉 Mais ce qui est sûr, c’est que lorsque j’entends l’autre zozo proclamer que le ‘CDI doit être la voie normale pour entrer dans l’entreprise’, je manque de m’étrangler. A-t-il déjà collecté de la TVA et fait autre chose que de vivre aux crochets de l’état ?

=> mon point de vue : je fais partie de ceux qui sont pour la suppression de l’ENA et en ont assez de cette particularité française qui a fait de nos hommes politiques des carriéristes de la politique, des politiciens déconnectés de la réalité et pour la majorité concernés davantage par leur carrière et leur image que par le bien de la société…

 

Voilà. J’ai dit (une partie de) ce que j’avais à dire. Cela peut sembler hors sujet mais explique aussi pourquoi j’étais moins active sur ce blog ces derniers temps. Et ce n’est pas complètement hors sujet, puisque bien sûr mon activité est en ligne avec mes valeurs. Mais pour ne pas mélanger les genres, je n´en parlerai pas ici.

Advertisements