Lettre ouverte à José Bové et au Président de Radio France

Je profite du week-end rallongé pour faire un peu de rangement -et Dieu sait que j’en ai à faire.

Je tombe sur cet article de La France Agricole que j’avais gardé pour le mettre sur le blog. Le temps est passé, et l’article est un peu daté : il remonte à août 2016. Mais il garde – hélas – toute sa vérité.

La France Agricole n’est pas la revue agricole que j’apprécie le plus, loin de là. Mais sur ce coup-ci, j’approuve.  Début août 2016, José Bové était l’invité de Pierre Weill sur France Inter. Il déclare que la tonne de céréales vaut 415 € et qu’en 2008 elle en valait 1.000 €. « Et que donc les céréaliers avaient pu engranger de gros bénéfices et étaient capables de supporter une mauvaise récolte ». Il accuse les céréaliers de polluer leurs terres, « tout en mettant en cause les gros tracteurs et les labours profonds » !

Selon La France Agricole, « la tonne de blé vaut peut-être 150 € aujourd’hui, dans le meilleur des cas, et n’a jamais atteint 415 €, et encore moins 1.000 €. »

Et ajoute :

« Depuis bien longtemps les céréaliers ne labourent que lorsque cela est nécessaire, les bonnes pratiques agronomiques s’appliquent à la parcelle. »

La suite de l’article sur la fiscalité des entreprises agricoles et le revenu des agriculteurs est suffisamment édifiant.

Et il y a un autre point que je trouve malheureusement tristement d’actualité :

« Quelle est la complicité malicieuse avec le journaliste pour qu’aucune correction ne modère ces propos scandaleux ? Les auditeurs de France Inter méritent un meilleur traitement de l’information et, pour cela, Monsieur le président Gallet, vos journalistes ne sont pas obligés de considérer José Bové comme un interlocuteur spécialiste de l’agriculture. »

Voilà. Tout est dit. Je me suis introduite dans le milieu agricole depuis plusieurs années, et bien plus avant que vous ne pouvez imaginer, avec la volonté de me faire mon propre opinion. Des journalistes, des vrais, pourraient en faire autant. Ils seraient surpris comme je l’ai été de la diversité de ce milieu. Les médias vous présentent un monde manichéen, avec les méchants céréaliers et les éleveurs industriels d’un côté, et les gentils bio de l’autre. C’est complètement erroné. Entre les deux extrêmes, il y a toute une palette aux multiples nuances. Il y a des gens dépassés par la vitesse d’évolution -et voués à disparaître-. Il y a de nombreux agriculteurs qui développent des pratiques passionnantes. Certains ne labourent même plus du tout et le sol de leurs champs est aussi vivant que celui d’une forêt. Sans pour autant être en bio pour se laisser recours – en cas de besoin – à un pesticide qui pourraient sauver leur récolte. Je suis allée à la rencontre de ce monde qui m’était totalement inconnu et j’ai rencontré des hommes (et quelques femmes) passionnés par leur métier comme peu d’autres personnes le sont, avec des compétences extrêmement variés, entrepreneurs et bosseurs. Je ne cuisine toujours pas de produits animaux, mais je vous assure que nous avons à apprendre d’eux sur d’autres points.

Il y aurait énormément de choses à dire sur ces sujets, et bien davantage que les raccourcis journalistiques. Hélas, ce matraquage indigne touche bien d’autres secteurs, à commencer par celui qui intéresse les électeurs en ce moment. Je ne peux donc que vous inviter à vous renseigner par vos propres moyens et à ne pas vous laisser berner par le traitement partial de l’information.

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