Piloter un engin des années soixante

A Saint-Nazaire, j’ai visité le sous-marin Espadon, mis en service en 1960. Il a navigué pendant 25 ans et fut le premier sous-marin français à naviguer sous les côtes de l’Arctique.

Mon premier sentiment en descendant dans le vaisseau fut une sensation d’intense oppression : les lieux sont terriblement étroits et confinés. Par conséquent, mes pensées se sont ensuite dirigées avec émotion et admiration vers ces hommes qui se sont engagés pour des missions de défense et de dissuasion et qui passaient de nombreux jours dans cet endroit, sans voir la lumière du jour, naviguant « à l’aveugle » au fond des océans, respirant un air que j’imagine vicié, à manger des conserves. Les marins partageaient deux couchettes à trois, par roulement. Ils appelaient cela « les bannettes chaudes ». Et à côté de leurs couchettes, les couchettes SNCF telles que je les ai connues au début des années 2000 font office de confort 5 étoiles. Le « commandant de bord » (pas sûr du bon intitulé du grade ; j’utilise celui des pilotes de lignes aériennes 😉 ) bénéficiait d’une couchette pour lui-seul mais de qualité encore inférieure à celle de la couchette SNCF.

La salle des machines était nommée par les marins eux-mêmes « l’enfer« . Il y régnait des températures de 40 à 80°C et un bruit terrible. Le confort est donc chose relative puisque après cela, retourner dans une couchette exigüe que venait de quitter un compagnon était peut-être délicieusement reposant… A moins qu’il ne prenne une douche à l’unique douche d’eau douce et d’eau de mer…

Plus j’avançais dans le ventre de cette légère coque de métal se déformant aux pressions des profondeurs, plus j’avais l’impression de visiter le Nautilus. Ou comment une technologie de pointe parait quelques années plus tard complètement obsolète.

Lorsque je me suis trouvée face à un panneau de commande, j’ai fait l’analogie suivante. L’espadon a été mis en service en 1960 et a navigué pendant 25 ans soit jusqu’à 1985. Les premières centrales nucléaires françaises ont été mises en service à la même époque. Aujourd’hui la plus ancienne centrale française encore en service est Fessenheim. Elle été construite au début des années 1970 et mise en service en 1978. Fessenheim est donc de dix ans postérieure à l’Espadon.

Mais vous viendrait-il encore à l’idée d’utiliser un ordinateur des années 1980 ?

 

Si vous avez comme moi un peu plus d’une trentaine d’années, vous vous souviendrez sans doute avec nostalgie des téléphones de l’époque :

téléphone

Me trouver devant ce panneau de contrôle me rappelait cette photo du personnel du réacteur Osiris. L’article n’avait aucunement pour objectif de parler du pour ou du contre le nucléaire. Il relatait les difficultés auxquelles allait avoir à faire face le monde médical si le réacteur Osiris était arrêté car il fournit une part importante à l’échelle mondiale de certains produits utilisés en imagerie médicale. Or pour moi qui travaille dans des milieux techniques, les technologies du panneau de contrôle à l’arrière plan viennent d’une autre époque. Il ne viendrait à l’idée d’aucun capitaine d’industrie d’actionner des manettes en formica. Mais hélas en matière nucléaire, je crains fort que ce soit le genre de chose qui se produise…

Panneau de contrôle de l'Espadon

Panneau de contrôle de l’Espadon

 

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