J’ai vu une Prim’Holstein

Les vaches de la race Prim’Holstein représentent, avec 2.456.000 têtes, 32% du cheptel français (Source : Chiffres clés 2012, Institut de l’Élevage) et 70% du cheptel laitier. Elles ont été sélectionnées pour la quantité de lait qu’elles produisent : en moyenne, une Prim’Holstein « produit » aujourd’hui 8.500 kg de lait par an alors qu’après la guerre une vache donnait à peine plus de 3.000 litres.

Les Prim’Holstein sont les vaches noires et blanches que l’on rencontre dans des publicités. Je les imaginais comme des animaux puissants, aux formes généreuses comme la quantité de lait qu’elles offrent.

De celle dont je me suis approchée, je voyais les os des hanches et de la colonne vertébrale saillir sous la peau. Toute l’énergie qu’elles produisent à partir de leur ration alimentaire doit servir à la production de lait tant elles sont squelettiques. La Prim’Holstein est en fait un animal fragile issu de sélections génétiques qui m’a donné l’impression d’une chimère.

Prim'Holstein

Prim’Holstein (Photo « de Chair et de Lait »)

Cet effet s’est trouvé renforcé lorsque j’ai vu cet animal se déplacer. La pauvre bête, si elle donne des quantités de lait record, est en fait pratiquement incapable de se mouvoir. Ses pattes frêles la supportent à peine et ne semblent pouvoir avancer l’une après l’autre qu’avec beaucoup de difficulté.

Je ne sais décrire les sentiments qui m’habitaient alors que je découvrais cet animal. Une pensée rendit le tableau encore plus saisissant : cette pauvre bête, crée par l’Homme pour produire et non vivre, doit, – condition sine qua non pour produire de lait -, donner naissance à un veau. Elle est donc inséminée et peu après lui avoir donné le jour, son petit lui est enlevé. Elle est traite et encore traite pendant dix mois avant d’être de nouveau inséminée, puis de donner naissance à un deuxième petit, qui lui sera enlevé aussi rapidement que le premier afin que son lait soit donné aux Hommes. Elle subira ce cycle infernal jusqu’à ce que, épuisée et usée, passant du statut de « vache laitière » à « vache de réforme« , elle finisse en steak haché.

S’ils sont des mâles, ses petits auront été engraissés pour fournir de la viande.

S’ils sont des femelles, ils connaîtront le même triste sort que leur génitrice.

Avons-nous besoin de manger des steaks et boire du lait porteurs de tant de souffrance ?

Devons-nous succomber aux sirènes du marketing et à de pseudo-injonctions sanitaires conduites par des intérêts économiques en avalant trois produits laitiers par jour quand notre physiologie de mammifère devrait logiquement nous permettre de vivre en bonne santé sans lait au delà de nos toutes premières années de vie ?

Je refuse ce système fait d’absurde, de cynisme, de cruauté et d’aveuglement et je vous invite, chers lecteurs, à faire de même. Car en l’absence de demande, ce système s’effondrera. Et si vous vous inquiétez pour vos apports en calcium, rassurez-vous : les amandes, les crucifères (brocoli, choux, etc.), le sésame, le persil, les figues, les oranges, les épinards en sont bourrés !

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